S’il est un nom de l’Histoire de l’Art qui soit indissociable de la ville de Mexico, tout comme de la figure de Frida Khalo, la femme de sa vie, c’est bien celui de Diego Rivera. C’est d’ailleurs dans cet esprit que Voyages Lambert, lors de son circuit « Au coeur du Mexique : une odyssée culturelle, artisanale et archéologique », vous propose de découvrir cet univers fantastique en vous emmenant jusqu’à la célèbre Casa Azul, la maison bleue, qui accueille le Musée Frida Khalo ou encore au Palacio National où l’on retrouve l’une des œuvres magistrales de Diego Rivera.

La décoration du Palais national est le projet le plus important auquel Rivera s’est consacré durant sa vie. Reconnu pour ces fresques et murales, il ne faut pas oublier qu’il a aussi produit bon nombre d’œuvres sur chevalet comme des paysages et des portraits de style indigène ainsi que des autoportraits. La fascination de cet artiste pour le passé préhispanique du Mexique ainsi que ses convictions politiques furent la principale source d’inspiration d’une grande partie de son œuvre; entre autres de celles qu’il déclina en peintures murales aux États-Unis et au Mexique, des compositions qui l’ont propulsé à la reconnaissance internationale.

Murale Diego Rivera Palais national Mexico Mexique

Le muralisme mexicain

Le muralisme mexicain est un mouvement pictural né dans les années 1920 qui se voulait à la fois social, culturel et identitaire. Le choix du support, le mur, en est à la racine : il permettait de rompre d’un coup avec la peinture de chevalet qui était réservée à une élite bourgeoise latino-américaine dont les goûts restaient très européens. À la suite de la révolution mexicaine, en 1920, les commandes des institutions publiques ont permis à toute une série d’artistes d’exprimer leur talent et leurs convictions politiques, en offrant au public, qui se rendait dans ces institutions, la possibilité de contempler leurs œuvres et décrypter les messages dont elles étaient porteuses.

À Mexico, outre l’ensemble du Palais national, il existe une autre grande fresque murale de Diego Rivera que l’on peut admirer dans le Palais des Beaux-Arts, un complexe culturel au spectaculaire extérieur Belle Époque et à l’intérieur, tout aussi remarquable, de style Art Déco : « L’homme à la croisée des chemins » ou « l’Homme contrôleur de l’Univers ». Certains affirmeront que d’un point de vue esthétique, bien que s’y manifeste son art de la composition, du dessin et d’équilibre des couleurs, ce n’est pas sa plus grande réussite, mais cette fresque est d’une telle force et symbolisme qu’elle semble être plus que jamais appropriée aux moments que l’humanité est en train de vivre face aux déchaînements de la Nature en grande partie dus à l’action anthropique. Le titre « L’Homme à la croisée des chemins » entre plus que jamais en résonance avec les moments que nous traversons actuellement et avec les choix de société qui se feront dans les mois et les années qui viennent.

« L’Homme à la croisée des chemins »

Réalisée en 1933 cette fresque, déjà à l’époque, plaçait l’homme du XXe siècle devant une double interrogation qui reste plus valable que jamais : jusqu’où ira l’homme dans sa maîtrise de la nature? Avec quel système socio-économique? Le titre est double et renvoie encore plus à nos responsabilités en tant qu’hôtes de la planète Terre car à la notion de croisée des chemins se rajoute « l’Homme contrôleur de l’Univers ». Il s’agit là certes d’un anthropocentrisme exacerbé typique de cette période de l’Histoire mais il n’a jamais vraiment cessé depuis. Cette œuvre est la reprise d’une commande faite en 1932 par John Davison Rockefeller pour le hall d’entrée d’un des bâtiments du Centre Rockefeller de New York. L’homme d’affaires souhaitait que l’œuvre traduise l’idée d’un « homme à la croisée des chemins qui cherche, dans l’incertitude mais avec espérance et ambition, à emprunter un chemin conduisant à un futur nouveau et meilleur ». Mais Diego Rivera, le communiste, enrichit son œuvre, au cours de son élaboration, de thèmes sociaux (la guerre, une manifestation ouvrière et sa répression policière) et politiques (la Place Rouge, un portrait de Lénine). C’en fut trop pour les Rockefeller qui annulèrent leur commande puis, quelques mois plus tard, firent détruire la fresque.

Celle du Palais des Beaux-Arts de Mexico est divisée en 3 parties dont la centrale est le cœur même du message pictural. Un technicien, au croisement de deux ellipses, tient une manette avec lequel il semble contrôler ce qui l’entoure : le monde naturel en dessous de lui et la machinerie au-dessus, le microcosme comme le macrocosme sont figurés dans les ellipses. Devant lui, une main (la main de l’humanité?) surgit d’un tuyau et tient fermement un globe transparent qui rassemble les atomes de base de notre terre. C’est le pouvoir de l’homme sur la nature qui est ici figuré. La présence en différents endroits d’un portrait de Darwin, d’un microscope, d’une radiographie d’un crâne, d’une ampoule électrique, viennent indiquer l’origine de cette puissance : les découvertes scientifiques et leurs applications.

Murale L'homme à la croisée des chemins Diego Rivera Mexique

Dualité politique : capitalisme vs. communisme

À cette première lecture se superpose en effet une autre, nettement plus politique : cette puissance de l’homme doit être au service de qui? Une alternative, à cette époque, durant l’entre-deux guerres, se présente clairement aux peuples : d’un côté le capitalisme étasunien, de l’autre le communisme soviétique. Ce dualisme est redoublé par la scène que l’on trouve à gauche représentant des bourgeois frivoles jouant aux cartes, dansant et buvant, contraposée à celle où Lénine réunit et serre les mains d’un paysan, d’un ouvrier et d’un militaire. La partie supérieure gauche de l’œuvre décline le mal sous la forme de la Grande Guerre, symbolisée par des soldats portant des masques à gaz, et d’une manifestation ouvrière pacifique réprimée par la police. À droite, la santé est représentée par des athlètes en train de courir qui viennent en contrepoint de la scène de loisirs bourgeois. C’est dans la partie droite que le peintre Mexicain place donc ses « déclarations » politiques en faveur de la IVe internationale (en bas), de l’Union soviétique (en haut) et contre le fascisme (la statue sans tête qui tient un faisceau portant une croix gammée).

C’était là le fond du désaccord avec les Rockefeller. Il n’y a en effet dans la fresque aucun signe qui vienne émettre un doute sur les effets de la science. La maîtrise de la nature est une bonne chose pour l’humanité. En revanche, elle ne doit pas être au service d’une élite capitaliste mais du peuple qui travaille, et ce service, Rivera n’a pas de doute là-dessus, c’est le communisme soviétique qui peut l’instaurer. En résumé le côté droit de l’œuvre se trouve ainsi représenter le bien, le gauche celui du mal. La composition générale de la fresque ainsi que cette opposition entre le bien et le mal ne peuvent que nous faire penser aux scènes médiévales ou de la Renaissance qui représentaient le Jugement Dernier, avec le Christ comme élément central et les évocations du paradis et de l’enfer de part et d’autre. La seule différence par rapport aux modèles médiévaux est que Diego Rivera a inversé les côtés dans le sens où, dans les scènes du Jugement dernier la foule des damnés, le Mal, se trouvent à la gauche du Christ, donc du côté droit pour le spectateur. Est-ce là une allusion à l’irrévérence envers la religion qui caractérisait, entre autres, les œuvres de Diego Rivera? Cela n’aurait rien d’étonnant quand on connaît le parcours hors du commun de cet artiste.

C’est là toute la magie d’un chef d’œuvre, un petit plus qui le distingue de la masse innombrable des productions artistiques et qui déclenche toutes sortes d’émotions culturelles. Cette fresque de Diego Rivera en fait partie car elle pose sans cesse la question existentielle par excellence : quelle est la place de l’être humain dans l’Univers et sur Terre ? Mis dans le contexte de sa création le message est on ne peut plus clairement politique, regardé avec nos yeux de contemporains le message délivré par le titre reste troublant et interrogateur au sujet du « où allons nous? » Pour nous, dans l’immédiat, la réponse est plus simple : en voyage! Et pourquoi pas au Mexique!


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