
Des livres et des films à découvrir avant de voyager à Terre-Neuve
Terre-Neuve a été façonnée par une combinaison unique de forces géographiques, économiques et historiques. Sa situation isolée, son environnement marin et son économie longtemps étroitement liée à la pêche lui ont conféré de riches couleurs singulières et vibrantes. Visiter cette île, c’est découvrir ses racines anglaises et irlandaises, ses côtes sauvages et son hospitalité légendaire. Voyages Lambert vous propose une circumnavigation de l’île, afin d’en explorer les hauts lieux, à la saison de la dérive des icebergs et de l’observation des baleines. Afin de se préparer à une telle croisière ou simplement pour découvrir les saveurs culturelles locales, je vous propose cette liste de livres et de films.

Des livres sur Terre-Neuve
L’œuvre des Mers, Eugène Nicole, Éditions de l’Olivier, 2011.
Roman autobiographique né du souvenir et de l’émotion de l’auteur. Exilé de sa terre natale, Saint-Pierre-et-Miquelon, il projette de retraverser mentalement l’Atlantique, en suivant les méandres de sa mémoire, racontant ce pays de naufrages, de neige et de brouillard, retraçant dans l’acte d’écriture les reliefs oubliés de son univers. Foisonnant de personnages drôles ou pathétiques, il met en scène le microcosme insulaire. Une œuvre épique et vagabonde proposant une méditation sur le temps.
La saga des Béothuks – Bernard Assiniwi, Leméac, 2016.
Saga historique, mythologique, épique et ethnographique sur le peuple béothuk, cette nation dont la disparition et le génocide sont dramatiquement liés à la conquête blanche de l’Amérique. Vers l’an mille, le jeune Anin fait le tour de ce qu’il conçoit comme « le monde » et qui est en fait l’île de Terre-Neuve. Son périple, ainsi que sa rencontre avec les Vikings établis au nord de l’île, ouvre pour son peuple, les perspectives sur le monde entier. Ce grand roman sur le peuple béothuk contribue à la redécouverte des sociétés autochtones dont la richesse et la culture ont été perdues à travers les siècles.
Les innocents — Michael Crummey, Leméac, 2020.
Au début du XXe siècle, dans une anse isolée au nord de Terre-Neuve, deux enfants se retrouvent soudainement orphelins. Laissés à eux-mêmes, isolés du monde, leur existence et leur survie sont façonnées par le rythme des marées, des vents et des saisons qui s’écoulent. Le passage du navire l’Espérance, qui les approvisionne deux fois par an, devient leur seule ouverture sur un monde qu’ils ne comprennent pas et dont ils ignorent tout. Michael Crummey fait le récit de leur relation fraternelle qui évolue et qui se trouble, tout en menant le lecteur vers une réflexion subtile sur la pérennité des cultures et sur les liens qui unissent et séparent les êtres.
L’Archipel du docteur Thomas, Françoise Enguehard, Prise de parole, 2009.
Devant lui, il apercevait la lueur du phare de l’île Verte, au ras des vagues qui murmuraient leur mélancolie sans fin, devinant la faible lumière d’un village de la côte de Terre-Neuve. Il ferma les yeux, enfonçant ses doigts dans le sable fin et ressentait jusqu’au plus profond de lui son attachement à ce coin du monde. Durant son séjour aux îles Saint-Pierre-et-Miquelon au début du XXe siècle, le docteur Louis Thomas, a photographié, presque tous les aspects de sa vie. Un jour, un architecte vivant à Paris, découvre l’impressionnante collection de photographies qu’il a abandonnée derrière lui. Fasciné, il entreprend de retrouver la trace du mystérieux docteur Louis Thomas.

Des films sur Terre-Neuve
Terre-Neuve (The Shipping News), ou Nœuds et dénouement au Québec, Lasse Hallström, avec Kevin Spacey, Judi Dench, Julianne Moore et Cate Blanchett, 2001.
Adaptation cinématographique du roman d’Annie Proulx, récipiendaire du Prix Pulitzer de la fiction en 1994. Quoyle est un petit journaliste de la banlieue de Boston, piétiné par la vie. À la mort de sa femme, il s’exile avec ses filles et sa tante sur la terre de ses ancêtres ; Terre-Neuve, dans une maison branlante sur la falaise. Rebâtissant sa vie tout comme sa maison en ruine, il plonge dans la sombre histoire de sa propre famille et apprend un peu malgré lui que le bonheur peut être simple ; sans chagrin ni souffrance.
La Veuve de St-Pierre, Patrice Leconte, avec Juliette Binoche, Daniel Auteuil et Emir Kusturica, 1999.
Adaptation au cinéma de l’ouvrage de Marine Saglio-Bramly basée sur l’affaire Joseph Néel et Louis Ollivier, un meurtre commis en 1888 à Saint-Pierre-et-Miquelon. Le réalisateur transpose ce fait divers quarante ans plus tôt, lors de l’arrivée au pouvoir de Napoléon III. Dans ce bout du monde français, un tribunal prononce une condamnation à mort, mais il n’y a ni bourreau ni guillotine pour exécuter la sentence. Le temps de se tourner vers la mère-patrie pour organiser le tout, le condamné sauve une vie et devient en quelque sorte un héros populaire. Peut-on, doit-on encore lui trancher la tête ?
The Man of Thousand Songs, William MacGillivray, 2010 (Documentaire en anglais).
Évocation de la vie de l’auteur-compositeur-interprète terre-neuvien Ron Hynes, l’un des plus appréciés du Canada. Une exploration perspicace et divertissante du processus créatif, du sens de la performance et de la vulnérabilité de l’artiste qui dévoile son âme à travers sa musique. Le film est composé d’interprétations musicales entremêlées à des entretiens intimes dans lesquelles il partage son univers et dévoile la genèse de ses chansons. La musique de Ron Hynes a été reprises par plusieurs artistes, contribuant à la popularité de la musique traditionnelle des Maritimes dans les années 1990.
Pour terminer en douceur, je vous laisse sur une œuvre d’E.J. Pratt, poète terre-neuvien dont les œuvres rayonnent dans tout le pays. En voici la version originale anglaise et une humble traduction française « maison ».
Sea-Gulls
For one carved instant as they flew,
The language had to simile
Silver, crystal, ivory
Were tarnished. Etched upon the horizon blue,
The frieze must go unchallenged, for the lift
And carriage of the wings would stain the drift
Of stars against a tropic indigo
Or dull the parable of snow
Now setting one by one
Within green hollows or where curled
Crests caught the spectrum from the sun,
A thousand wings are furled.
No clay-born lilies of the world
Could blow as free
As those wild orchids of the sea.
Les Goélands
Pour un instant alors qu’ils s’envolent,
La langue doit feindre que
L’argent, le cristal et l’ivoire
Ont été ternis. Gravés sur l’horizon bleu,
La frise doit demeurer incontestée, car l’envol,
Et le port des ailes entacheraient la dérive
Des étoiles contre l’indigo des tropiques
Ou rendraient fade la parabole de la neige.
Maintenant, disposés un par un
Dans les cavités verdoyantes ou enroulés,
Leurs crêtes capturent le spectre du soleil
Mille ailes sont repliées
Aucun lys d’argile en ce monde
Ne pourrait s’envoler aussi librement
Que ces orchidées sauvages de la mer.




