Les traditions de Pâques en Pologne

Par Krystyna Wozniak, accompagnatrice

Quelles sont les traditions de Pâques en Pologne?

Des origines à nos jours

Les fêtes de Pâques comptent parmi les plus importantes du calendrier chrétien. Krystyna Wozniak, accompagnatrice de Voyages Lambert, vous propose d’explorer leurs racines et de découvrir les célébrations traditionnelles de son pays d’origine, la Pologne.

 

Quelles sont les origines de Pâques?

Si Pâques célèbre les événements centraux de la croyance chrétienne, la mort et la résurrection de Jésus Christ, elle puise aussi ses racines dans le judaïsme et dans les coutumes païennes, comme beaucoup d’autres fêtes du calendrier chrétien.

 

Qu’est-ce que Pessa’h?

La Pâque juive, aussi connue sous le nom de Pessa’h, coïncide souvent avec les fêtes de Pâques chrétiennes. Il s’agit du rituel printanier juif commémorant l’Exode — la libération des israélites de leur esclavage en Égypte —, épisode célèbre de la Torah et de l’Ancien Testament. L’étymologie de Pessa’h signifie « passer par-dessus », rappelant l’histoire du peuple juif dont les premiers-nés furent les seuls épargnés de la première plaie d’Égypte.

La période de Pessa’h dure 7 jours; des plats spécifiques, notamment du pain sans levain et de l’agneau, sont partagés par toute la famille dans une ambiance de recueillement et de prière. L’illumination de chandelles symbolisant le retour de la joie après les tourments de la période d’esclavage est aussi un aspect important des rites pascaux.

 

Quelles sont les origines païennes de Pâques?

Les fêtes de Pessa’h sont aussi considérées par les historiens comme une adaptation de coutumes plus anciennes. Plusieurs civilisations de l’Antiquité célébraient des fêtes liées au retour du printemps, telles les fêtes de Norouz, en Iran et de Chémou, en Égypte. Mais aucune n’a autant influencé le judaïsme et le christianisme que la civilisation mésopotamienne, doyenne des cultures du Moyen-Orient. À Babylone, où une partie du peuple juif vécut des décennies de captivité au VIe siècle avant J.-C., la fête de l’Akitu était célébrée chaque année, au début du printemps. Entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril, 12 journées de purification étaient organisées : les statues des dieux étaient emportées aux limites de la cité le temps que toute la ville soit nettoyée; elles faisaient ensuite leur retour dans une procession accompagnée de torches qui rallumaient tous les foyers publics de la cité. Un grand banquet était ensuite organisé pour eux, avec différents types de pain sans levain et de l’agneau. Finalement, un bélier était jeté dans le fleuve, emportant les péchés communs avec lui. Pour les Mésopotamiens, seul le respect scrupuleux de ces rituels assurait la renaissance des plantes et le retour des récoltes.

 

Quelles sont les traditions de Pâques en Pologne?

Dans la tradition catholique, les fêtes de Pâques sont les plus importantes de l’année, tout particulièrement en Pologne. La semaine sainte qui les précède est remplie de méditations, mais aussi d’attentes. Les fêtes de Pâques sont précédées, selon la tradition religieuse, par le Grand Carême, qui dure 40 jours. La semaine avant Pâques est une semaine de la préparation intensive, au niveau religieux et du côté pratique, car la tradition exige que tout soit parfait.

Les traditions débutent par le dimanche des Rameaux dit en polonais « Niedziela Palmowa » (dimanche des palmes). Pendant cette journée, les « palmes » sont bénies; de la plus petite et modeste branche jusqu’aux grandes palmes décorées pouvant mesurer plusieurs mètres. Cette tradition est très vivante dans certaines régions polonaises où sont d’ailleurs organisés des concours de décoration de palmes. Voici d’ailleurs un reportage sur le traditionnel concours des rameaux de Lyse, dans le nord de la Pologne.

Ensuite, la Semaine sainte est l’occasion d’un véritable temps de réflexion nommé « Rekolekcje », que l’on peut aussi traduire par « retraite spirituelle ». Des messes spéciales sont organisées par les paroisses afin de bien préparer Pâques, de la confession à la communion. Le vendredi a lieu une messe exceptionnelle nommée « Droga Krzyzowa » reconstituant le Chemin de Croix.

C’est aussi le moment de « visiter les tombes », tradition qui remonte à la Pologne du XVIe siècle. Puisqu’avant de ressusciter, Jésus reposait dans une tombe, les églises polonaises réalisent des tombeaux où les fidèles viennent se recueillir. Chaque église a son propre concept et sa vision de la représentation du tombeau. La plupart sont traditionnelles, mais on voit de plus en plus des tombes modernes. Par exemple, l’église Académique Sainte-Anne à Varsovie a mis le Christ dans un lit d’hôpital sous perfusion. La carte du malade portait la mention « Ecce homo ». À son chevet se tenaient Marie et des médecins. Ailleurs, un « tombeau » était mis en scène derrière les grilles de prison, où l’on apercevait le Christ en uniforme orange, rappelant un prisonnier de Guantanamo. Mais les tombes peuvent être aussi optimistes comme celle de la rue Swietego Bonifacego à Varsovie, qui par profusion de tulipes, d’azalées, de roses et d’hortensias envahissant la grotte, rappelait que la mort n’est que l’attente de la résurrection.

L’atmosphère sérieuse se transforme rapidement en joie et en gaieté le dimanche et le lundi de Pâques. Pour commencer, samedi matin est réservé, selon la vieille coutume polonaise, à la bénédiction par le prêtre du « menu saint » : des œufs décorés, du saucisson, du pain, du sel, un morceau de gâteau « Baba » … ainsi qu’un agneau en sucre. Toutes ces victuailles sont posées dans des paniers en osier pour le trajet jusqu’à l’église. Pour en apprendre davantage sur cette tradition, cliquez ici.

Dimanche, le repas pascal commence par une prière. Ensuite, tout le monde peut s’asseoir à la table, qui est couverte de gourmandises, le « menu saint » trônant au centre. Il est partagé par tous les convives, à commencer par les œufs coupés en quartiers. Chaque convive prend un quartier d’œuf, celui-ci symbolisant le partage. Le menu de Pâques est assez varié, chaque région et chaque famille ayant leur propre tradition. Mais, le plus souvent, on y retrouvera plusieurs gâteaux dont la fameuse Baba, aromatique et imposante. Autrefois et surtout à la campagne, elle pouvait mesurer jusqu’à 50 centimètres de hauteur! On y ajoute aussi les célèbres gâteaux de Pâques appelés « mazurek » ou « mazurki » (au pluriel); des gâteaux plats, richement décorés, qu’on fait une seule fois dans l’année!

 

Quelle est la tradition du « Smingus-Dyngus » ?

Le lundi de Pâques, en Pologne appelé « lany poniedzialek » ou « Smingus-Dyngus » est aussi le jour où l’on oublie les bonnes manières et les règles de bonne conduite. Lors de ce « lundi mouillé », on peut, même on doit, asperger d’eau les proches et les inconnus dans la rue… et personne n’a le droit de se fâcher !

Le mot « smingus » signifiant « lacérer les jambes avec des branches de chatons », la tradition veut que l’on apporte du bonheur à autrui en l’aspergeant d’eau à l’aide de jeunes branches de saule mouillées. De nos jours, si les bâtons ont disparu… c’est pour mieux être remplacés par des seaux d’eau! Celui qui veut éviter d’être trempé peut faire un don, sorte de dîme, c’est-à-dire « dyngus »; en offrant, le plus souvent des œufs. Ainsi, des groupes de jeunes vont d’une maison à l’autre, ramassant des œufs qu’ils donnent ensuite aux pauvres. Gare à ceux qui ne veulent rien donner : inondation garantie ! Cette tradition, encore vivace aujourd’hui, a été reprise comme thème artistique populaire. Vous pouvez en découvrir quelques représentations ici (site en anglais dont le visuel est intéressant).

Autrefois, cette tradition était très populaire à la campagne, parmi les femmes et les hommes célibataires : les hommes essayant de mettre le plus d’eau possible sur la femme qui leur plaisait, lui démontrant ainsi leur intérêt et leurs sentiments! Donc, plus elle était trempée… plus la femme était aimée. Et les femmes leur disaient « merci » en offrant de jolis œufs décorés!

 

Les éléments symboliques et incontournables de Pâques ont traversé les âges pour parvenir jusqu’à nous. L’eau enlevant le péché, rappelant le baptême et la bénédiction des champs, les œufs symbolisant le renouveau de la vie. Mais, peu importe votre confession, rien ne vous empêche de ressentir pleinement cette liesse qui nous envahit au printemps, tout en étant conscient de la richesse culturelle des fêtes de Pâques à travers le monde.

Si vous souhaitez en découvrir davantage sur les traditions polonaises, n’hésitez pas à visionner notre présentation sur la Pologne, en cliquant ici ou à consulter notre itinéraire exclusif en Pologne, créé et accompagné chaque année par Krystyna Wozniak.

 

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