Voyages Lambert propose plusieurs circuits dans la péninsule italienne. Plutôt que de tenter de découvrir tout ce pays si riche en histoire d’un seul coup, nous proposons une exploration approfondie par région. Aujourd’hui, nous jetons notre regard sur les régions de l’Italie du centre dont la Toscane, l’Ombrie et le Latium, qu’on surnomme le berceau des civilisations. Nous allons vous amener découvrir, entre autres merveilles et multiples points d’intérêt culturels, certains hauts lieux en rapport direct avec la civilisation étrusque. Il s’agit d’une culture qui, bien avant les romains, s’est épanouie en ces terres d’Italie centrale, et qui a toujours fasciné tout promeneur et amateur d’émotion culturelle qui se respecte.

Il faut dire que la civilisation étrusque représente l’une des cultures les plus énigmatiques de l’Antiquité méditerranéenne, à la fois par son raffinement, son originalité et son influence durable sur la Rome antique mais aussi pour le manque flagrant de connaissances que l’on a à son sujet. L’histoire des Étrusques, longtemps enveloppée de mystère, se dévoile aujourd’hui à travers l’archéologie, les témoignages antiques et les objets somptueux découverts dans ses nécropoles. Voici, au cours des lignes qui vont suivre une présentation un petit peu plus approfondie de la civilisation et de la culture étrusque, couvrant ses origines, son organisation sociale, ses réalisations artistiques et techniques, ainsi que son héritage.

tombe du triclinium etrusque italie

Origines et chronologie

Les Étrusques ont occupé principalement l’Italie centrale, sur un territoire correspondant à l’actuelle Toscane, ainsi qu’une partie de l’Ombrie et du Latium. Leur civilisation prend racine autour du IXe siècle av. J.-C., à partir de la culture dite « villanovienne ». Si la question de leurs origines a longtemps divisé les chercheurs – certains, comme Hérodote, évoquant une provenance orientale, d’autres privilégiant une évolution locale – les études récentes, assez consensuelles, tendent à confirmer une émergence autochtone, enrichie par des apports méditerranéens divers et variés. Cela reste une affaire à suivre!

Concernant la chronologie Il est unanimement reconnu que la civilisation étrusque s’est étendue sur près de dix siècles. Désormais les historiens divisent cette longue période en 6 périodes principales :

  • La période villanovienne (900-725 av. J.-C.) : sociétés villageoises, habitats rudimentaires, premières manifestations funéraires.
  • La période orientalisante (725-580 av. J.-C.) : naissance des cités, influence croissante des cultures orientales, émergence d’une aristocratie puissante.
  • La période archaïque (580-480 av. J.-C.) : apogée économique, politique et artistique, essor du commerce et de l’urbanisme, rayonnement sur la Méditerranée occidentale.
  • La période classique (480-325 av. J.-C.) : déclin progressif face aux pressions extérieures (Grecs, Celtes, Romains).
  • La période hellénistique (325-90 av. J.-C.) : déclin accéléré, invasions, perte d’indépendance politique.
  • Et enfin la romanisation (100-17 av. J.-C.) : intégration progressive dans l’orbite de Rome, disparition de l’autonomie étrusque.

L’extension géographique des Étrusques a connu son apogée entre le VIIIe et le VIe siècle av. J.-C. Leur territoire d’origine, appelé Étrurie, correspondait principalement à l’actuelle Toscane, au tiers nord du Latium et au nord-ouest de l’Ombrie (au demeurant la zone géographique que nous couvrons avec notre circuit Italie du Centre). Cette région, dite « Étrurie tyrrhénienne », était délimitée au nord par l’Arno, à l’est et au sud par le Tibre, et à l’ouest par la mer Tyrrhénienne, qui doit son nom aux Étrusques eux-mêmes. Il s’agit approximativement du tiers de l’Italie actuelle, soit près de 100 000 km². À leur maximum territorial, les Étrusques ont étendu leur influence bien au-delà de ce cœur originel. Au nord, ils ont occupé la plaine du Pô (Étrurie padane), atteignant des villes comme Mantoue, Milan, Bologne, et jusqu’à l’Adriatique. Au sud, ils se sont implantés en Campanie (Étrurie campanienne), dans la région allant de Capoue à Salerne. À l’ouest, l’influence étrusque s’est aussi manifestée par la création de ports et d’emporia (comptoirs commerciaux) sur les côtes méditerranéennes et par des échanges intenses avec les Phéniciens et les Grecs. Ils ont établi des comptoirs sur la côte orientale de la Corse et ont entretenu des relations commerciales avec la Gaule méditerranéenne (Languedoc, Provence) et même l’Espagne, où leur présence est attestée par des sites archéologiques. Cette extension prendra fin progressivement avec la conquête romaine à partir du IIIe siècle av. J.-C.

Carte Etrurie

La mer Tyrrhénienne – et précisons que tyrrhénien veut dire étrusque en grec – a joué un rôle central dans l’extension des Étrusques, à la fois comme vecteur d’expansion territoriale, commerciale et culturelle. Elle a donné son nom à la « thalassocratie étrusque », c’est-à-dire la domination maritime des Étrusques, qui s’est exercée du VIIIe au Ve siècle av. J.-C. sur l’ensemble de la mer Tyrrhénienne et jusqu’à l’Adriatique. Cette ouverture maritime a permis aux cités-États étrusques de fonder des ports et des comptoirs sur le littoral dont nous parlions précédemment tout en permettant aux Étrusques de contrôler certaines routes maritimes stratégiques. Par conséquent le commerce des ressources naturelles – notamment des métaux – a été favorisé et a contribué à la richesse et à l’influence économique de la civilisation étrusque. Enfin, la position de l’Étrurie, au centre de la Méditerranée, a facilité la circulation des produits et des idées, renforçant le rayonnement culturel étrusque sur tout le bassin occidental. La mer Tyrrhénienne a donc été à la fois un axe de communication, une source de richesse et un espace d’expansion pour les Étrusques, conditionnant leur développement et leur influence en Méditerranée.

L’importance de l’économie et du commerce étrusque

Leur territoire, déjà à la base très favorable à l’agriculture, était très riche en minerais, ressources essentielles dans l’économie de l’Âge des Métaux, surtout durant la période finale que l’on nomme Âge du Fer (du VIIIe au Ie siècle avant J.C). C’est une véritable industrie métallurgique, très florissante, qui va se mettre en place et qui généra un commerce très dynamique avec les peuples voisins, notamment les Grecs, les Phéniciens, les Carthaginois et les Celtes. On peut même dire que ces échanges commerciaux ont profondément façonné la formation de la civilisation étrusque à plusieurs niveaux. Ils ont été un moteur essentiel du développement économique, social, politique et culturel des Étrusques, en les reliant à l’ensemble du monde méditerranéen tout en stimulant l’innovation et la prospérité de leur civilisation. Par exemple le commerce a favorisé l’émergence de cités-États indépendantes mais interconnectées, chacune dotée de ses propres institutions, mais partageant des intérêts économiques communs, notamment dans la gestion des routes commerciales et des ports. Les échanges commerciaux ont non seulement permis d’exporter des ressources locales (notamment les métaux comme le fer, le cuivre et l’argent) mais aussi d’importer des produits de luxe, des objets d’art, des céramiques grecques, des tissus et des denrées alimentaires. Cette diversité de denrées a favorisé le développement urbain, l’édification de cités puissantes et l’émergence d’une élite sociale spécialisée. De plus, grâce aux surplus agricoles et miniers, une partie de la population a pu se consacrer à des métiers spécialisés (artisans, commerçants, artistes), ce qui a renforcé la complexité sociale et économique de la société étrusque. Les échanges ont de surcroît permis l’introduction de nouvelles techniques, comme l’écriture, l’architecture monumentale, la métallurgie avancée, et de courants artistiques venus du monde grec, phénicien ou oriental. Ce brassage a contribué à l’originalité de la culture étrusque, qui a su intégrer et adapter des influences extérieures.

Les structures sociales étrusques

L’organisation sociale des anciens Étrusques ne peut être reconstituée qu’à partir d’un ensemble de sources peu satisfaisantes qui, malheureusement, ne comprennent pas de textes écrits par les Étrusques eux-mêmes. Ces sources comprennent de courtes inscriptions, de l’art, des tombes et leur contenu, des graffitis sur poterie et des descriptions d’écrivains grecs et romains qui avaient souvent du mal à comprendre cette curieuse culture étrangère et ne pouvaient lui appliquer que de manière inadéquate les termes et concepts qui leur étaient familiers. Néanmoins, en combinant tous les documents historiques dont on dispose, certains éléments importants de la société étrusque apparaissent clairement tels qu’un sens aigu de la famille et de l’héritage, des symboles définissant la règle et le statut, et une attitude plus libérale à l’égard du rôle et des droits des femmes par rapport aux sociétés antiques contemporaines.

La famille

La famille et les liens de parenté constituaient probablement l’élément le plus important du tissu social étrusque. La séparation des familles en groupes individuellement identifiables apparaît pour la première fois dans les premiers cimetières des sites étrusques, où chaque village possède plusieurs cimetières, probablement un pour chaque groupe de parenté, une tendance qui persisterait tout au long de l’histoire de la culture. La famille était importante quelle que soit la position sociale, car c’est de ses parents que découlait le statut de chacun, qu’il s’agisse d’un trône ou d’un atelier de poterie.

Monarchie et aristocratie

Au sommet de l’échelle sociale étrusque se trouvaient les rois. Héritant de leur droit au trône, les premiers rois remplissaient sans doute aussi une fonction religieuse dans une culture où la religion et la politique n’étaient pas séparées. Nous connaissons quelques noms de souverains étrusques : les Tarquins de Tarquinia qui régnèrent sur la première Rome; le clan Tolumnia de Veii; Porsenna, roi de Chiusi et Mezentius, souverain de Cerveteri. Les rois portaient le titre de « lauchume » et étaient reconnus par divers symboles et insignes tels qu’un trône ou un tabouret d’ivoire, un sceptre surmonté d’un aigle, le symbole des fasces (hache et verges) et une robe pourpre; tous ces éléments seront plus tard adoptés par les Romains. Les rois finirent par céder la place à un conseil des anciens ou à une assemblée de citoyens où les hommes les plus puissants de la ville se réunissaient et débattaient du fonctionnement de leur gouvernement. La richesse de ces individus reposait sur la possession de terres et le commerce. Ils votaient pour un chef parmi eux, le « princeps civitatis », qui restait en fonction pendant un an, et, avec lui, divers magistrats chargés d’exercer des fonctions publiques, éventuellement de représenter les intérêts de certaines catégories de la société, et de rendre la justice. Les inscriptions indiquent qu’un magistrat pouvait exercer ses fonctions plusieurs fois et qu’il n’y avait pas d’âge minimum. Les hauts magistrats de chacune des grandes villes étrusques se réunissaient une fois par an, mais cela avait probablement plus à voir avec les questions religieuses, car il n’y a aucune preuve d’une politique commune entre les villes.

Autres classes et professions

Avec l’art étrusque, et en particulier celui des peintures murales des tombes, outre la représentation de passe-temps réservés à l’élite, tels que les festins et la chasse, on trouve figurés, soit directement, soit indirectement, d’autres membres inférieurs de la société. Nous pouvons donc déduire que la société étrusque comportait de nombreux niveaux de complexité, tels que les esclaves qui servent lors des banquets, les cuisiniers ou les rabatteurs pendant la chasse, ainsi que les danseurs, les acrobates et les musiciens qui assurent les divertissements. Certains métiers sont également directement représentés, comme les pêcheurs, les prêtres, les bergers et les agriculteurs. En outre, l’art peut également révéler des attitudes sociales, comme par exemple la convention qui consistait à représenter les esclaves dans les peintures murales comme étant de plus petite taille que les citoyens. De même, les membres de l’élite de la société étaient facilement identifiés dans la vie réelle par rapport à la masse des citoyens ordinaires, grâce à leurs vêtements, leurs chapeaux et leurs divers instruments d’autorité.

Les esclaves

Comme dans les cultures antiques contemporaines, les Étrusques, ou du moins ceux qui en avaient les moyens, utilisaient des esclaves pour toutes sortes de tâches quotidiennes. Pris comme prisonniers de guerre lors de conflits avec d’autres cités étrusques ou avec des communautés extérieures à l’Étrurie, ou simplement achetés aux partenaires commerciaux des Étrusques, ils venaient de toute la Méditerranée et étaient utilisés comme domestiques, travailleurs agricoles, mineurs, ouvriers de carrière, potiers, métallurgistes, soldats et amuseurs. Ils ne sont pas restés complètement anonymes, car certaines peintures de tombes portent parfois le nom d’esclaves représentés dans des scènes de banquet. On peut imaginer que la vie d’un esclave domestique était plus supportable que l’esclavage dans les mines ou à la campagne, et leur logement l’était certainement, puisqu’ils résidaient dans la maison familiale. Denys d’Halicarnasse a décrit de façon célèbre les personnes privées de leurs droits dans la société étrusque comme des personnes libres traitées comme des esclaves. De toute évidence, il existait un fossé important entre les nantis et les démunis, quel qu’ait été leur statut politique et juridique. À l’époque, comme peut-être encore aujourd’hui, seul le pouvoir économique permettait d’exercer une réelle influence politique et d’améliorer son sort.

freSques des femmes dansant ETRUSQUE ITALIE

Système politique

Les Étrusques n’ont jamais constitué un État unifié, mais une fédération de cités-États indépendantes, chacune gouvernée par une aristocratie locale. La plus célèbre de ces fédérations fut la « dodécapole », la ligue des douze cités, qui se réunissait régulièrement pour discuter des affaires communes, notamment religieuses et militaires. L’absence d’unification politique des cités, donc un certain individualisme, leur rivalité et l’absence d’un pouvoir centralisé ont empêché toute union durable, ce qui a facilité la conquête romaine.

La société étrusque était hiérarchique et oligarchique : une élite aristocratique contrôlait le pouvoir, tandis qu’une population libre et des esclaves composaient les autres couches sociales. On note même, à partir du VIe siècle av. J.-C., qu’une classe moyenne composée d’artisans et de marchands apparaît, travaillant pour leur propre compte et contribuant à la vitalité économique des cités. Fait remarquable, la femme étrusque jouissait d’un statut élevé, participant activement à la vie sociale et jouissant de droits et de libertés bien supérieurs à ceux de ses contemporaines grecques ou romaines. Elles pouvaient par exemple participer aux banquets, aux cérémonies publiques et pouvaient posséder des biens.

Langue et écriture

Les Étrusques avaient leur propre langue qui avait comme vecteur un alphabet dérivé du grec, adapté à leur système phonétique. Bien que l’on soit certains qu’ils ont beaucoup écrit (textes religieux, littérature dramatique et historique) leur langue reste en grande partie énigmatique.  L’écriture était le privilège de l’élite et elle témoigne d’une culture lettrée et d’une administration structurée. À l’heure actuelle, on a à disposition plus de 11 000 inscriptions, qui se lisent de droite à gauche et c’est un chiffre considérable au regard des rares textes laissés par les peuples voisins des Étrusques dans l’Italie du 1er millénaire avant J.C., Sabins, Ombriens, Osques…

Le grand problème vient du fait que leur alphabet (pourtant relativement facile à déchiffrer puisque c’est un alphabet grec ancien – l’eubéen – que l’on connaît, écrit une langue que l’on n’arrive pas ou peu à comprendre. On s’accorde seulement pour dire que cette langue n’appartient pas à la grande famille indo-européenne. On sait par exemple que les Étrusques n’utilisaient pas certaines consonnes sonores comme le B ou le D, mais qu’ils préféraient privilégier les consonnes sourdes comme le P, le T ou le PH et le TH. À ces caractéristiques phonétiques il faut en plus ajouter qu’il y a eu de fortes différences régionales, très certainement en relation avec l’indépendance des cités les unes par rapport aux autres. Il y avait donc des habitudes linguistiques différentes selon les aires géographiques et l’on peut même parler d’une écriture étrusque septentrionale ou méridionale. Cela se remarque entre autres à la façon de rendre le son K, soit par un C, soit par le vrai K (le Kappa grec).

Si par plaisir vous voulez apprendre à parler étrusque, voici quelques exemples : thu (un), zal (deux), ci (Trois), sa (quatre), mach (cinq), huth (six), clan (fils), sech (fille), puia (épouse), apa (père), ati (mère).

Doit-on pour autant se laisser aller au découragement en attendant la découverte d’une « Pierre de Rosette »? On a cru en trouver une lorsqu’on a déniché les lamelles d’or de Pyrgi dans les années 1960, mais les textes phénicien et étrusque qu’elles portaient se sont révélés parallèles et non identiques. En fait, la situation n’est pas si désespérée puisque l’immense majorité des inscriptions étrusques est comprise de nous aujourd’hui. Il s’agit de textes courts, des épitaphes ou, dans les périodes plus anciennes, des inscriptions de propriété et de don qui sont constituées surtout de noms propres et de mots qui reviennent souvent comme certains pronoms ou certains verbes marquant le fait de donner ou de dédier.

Certes ce n’est pas tout à fait la même chose pour la compréhension des rares textes longs qui nous sont parvenus tels que la Table de Cortone (vraisemblablement un contrat portant sur des terres situées autour du lac de Trasimène) ou la Momie de Zagreb (un texte religieux écrit à l’encre sur une toile de lin, laquelle toile avait été récupérée par un momificateur égyptien et découpée en bandelettes pour envelopper une momie de jeune fille, aujourd’hui conservée dans le musée de la capitale croate).

Lamelle d'or de Pyrgi Etrusque Italie

Religion, croyances et rites funéraires

La religion étrusque se caractérisait par un ensemble de rites, de croyances et de techniques divinatoires qui leur étaient propres et qui ont profondément marqué la culture religieuse de l’Italie antique. Extrêmement codifiée Les gestes rituels étaient précis et transmis de génération en génération. La religion étrusque reposait sur l’accomplissement exact des rites pour s’assurer la faveur des dieux, une caractéristique que l’on retrouve également dans la religion romaine ultérieure. Elle s’exprimait à plusieurs niveaux : dans la famille, avec le culte des ancêtres et des divinités domestiques; au niveau de la cité, avec des fêtes publiques, des sacrifices et des processions dans les temples et sanctuaires. Les prêtres formaient une classe spécialisée, dépositaires du savoir religieux et des techniques divinatoires. Leur autorité s’étendait à la fois à la sphère religieuse et politique, car les décisions importantes de la cité devaient recevoir l’approbation divine.

On parle d’une religion polythéiste et les Étrusques vénéraient de nombreux dieux, souvent assimilés à ceux des Grecs et des Romains, mais avec des noms et des attributs spécifiques. Leur panthéon comprenait des divinités majeures (Tinia, Uni, Aplu, Menrva) et une multitude d’esprits et de forces naturelles. Il s’agissait d’une religion fortement marquée par la divination, l’observation des signes célestes et des éclairs (augures) et l’examen des entrailles d’animaux sacrifiés (haruspicine). Les prêtres étrusques étaient d’ailleurs réputés dans tout le monde antique et ils étaient consultés pour interpréter la volonté des dieux à travers ces signes.

Les Étrusques accordaient une grande importance à l’au-delà car ils croyaient en une vie après la mort, ce qui explique la richesse de leurs tombes, ornées de fresques, de sculptures et d’objets précieux destinés à accompagner le défunt dans l’au-delà. Les rites funéraires étaient complexes et variés selon les époques : incinération à l’époque villanovienne, puis inhumation dans des tombes monumentales à partir de la période orientaliste. Ces rituels incluaient des banquets, des jeux et des processions, reflétant la croyance en une vie après la mort. Les nécropoles de Cerveteri et Tarquinia, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, offrent un témoignage exceptionnel de ces pratiques.

Arts et artisanat

L’art étrusque, réputé pour sa vitalité, s’avère être d’une grande richesse et d’une grande originalité, tout en intégrant de nombreux apports extérieurs (grecs, phéniciens, égyptiens). D’un point de vue des arts mineurs, habiles artisans, les Étrusques excellaient dans le travail du bronze, de l’or, de l’ivoire et de la céramique. Leurs artisans produisaient des bijoux raffinés, des miroirs gravés, des vases peints et des objets de la vie quotidienne d’une grande beauté.

Peinture

La peinture est certainement l’une des manifestations les plus élevées de ce que pouvait être l’expression artistique de la civilisation étrusque. Son importance est considérable car il s’agit de l’exemple le plus important d’art figuratif préromain, voire même du premier chapitre de la peinture italienne que l’on connaisse. C’est la peinture funéraire qui forme les principales sources et les tombes magnifiquement peintes que l’on trouve dans de nombreux sites comme Tarquinia, Cerveteri, Chiusi et Vulci constituent peut-être le plus grand héritage des Étrusques. Elle est d’une telle abondance qu’elle constitue aujourd’hui le patrimoine pictural le plus important de l’humanité en ce qui concerne la peinture de l’Antiquité. On sait que la peinture étrusque a été très influencée par la peinture grecque et ce n’est d’ailleurs qu’à travers elle que l’on peut s’imaginer ce qu’était la peinture grecque puisque nous n’avons plus aucunes traces de cette dernière.

Les peintures représentent des scènes vivantes et colorées de la mythologie étrusque et de la vie quotidienne (notamment les banquets, la chasse et les sports), des figures héraldiques, des éléments architecturaux et parfois même l’occupant de la tombe en personne. Les murs étaient souvent divisés pour des types de décoration spécifiques : un dado en bas, un grand espace central pour les scènes, une corniche supérieure ou entablement, et l’espace triangulaire, également réservé aux scènes peintes, atteignant le plafond tel le fronton d’un temple classique. Des témoignages, une fois de plus, d’une société hédoniste, attachée aux plaisirs de la vie et à la célébration de la mémoire familiale.

Sculpture

L’Étrurie avait la chance de posséder de riches ressources en métaux, notamment en cuivre, en fer, en plomb et en argent. Les premiers Étrusques en firent bon usage et le bronze était utilisé pour fabriquer un large éventail de produits, mais nous nous intéresserons ici à la sculpture. Le bronze était martelé, coupé, coulé à l’aide de moules ou de la technique de la cire perdue, estampé, gravé et riveté selon une gamme de techniques variées. De nombreuses villes étrusques créèrent des ateliers spécialisés dans la production d’œuvres en bronze et pour donner une idée de l’ampleur de la production, on dit que les Romains pillèrent plus de 2 000 statues en bronze lorsqu’ils attaquèrent Volsinii (l’actuelle Orvieto) en 264 avant J.-C., les fondant pour en faire de la monnaie.

Céramique

Parmi les autres formes d’art véritablement marquantes il faut aussi citer l’art de la poterie. Celui-ci en tant que tel n’a rien d’original mais les Étrusques ont développé une forme tout à fait originale qui constituent parmi les plus grands trésors que les musées peuvent conserver à l’heure actuelle. En effet les Étrusques enterraient les restes incinérés de leurs morts dans des urnes funéraires ou des sarcophages décorés en terre cuite. Les deux types d’urnes pouvaient comporter une figure sculptée du défunt sur le couvercle et, dans le cas des sarcophages, parfois un couple, révélant un sens aigu du portrait et une grande humanité dans la représentation des visages. L’exemple le plus célèbre de ce type est le Sarcophage du couple marié de Cerveteri, aujourd’hui à la Villa Giulia à Rome.

À l’époque hellénistique, l’art funéraire prit véritablement son essor et les personnages, bien que dans des poses similaires à celles des sarcophages du VIe siècle avant J.-C., devinrent des représentations moins idéalisées et plus réalistes des morts. Ils ne représentaient généralement qu’un seul individu et étaient à l’origine peints dans des couleurs vives. Le Sarcophage de Seianti Thanunia Tlesnasa de Chiusi en est un excellent exemple.

Héritage et influence

Si la civilisation étrusque a été progressivement absorbée par Rome à partir du IVe siècle av. J.-C., son héritage est considérable. Les Romains ont par exemple repris de nombreux éléments de leur culture : rites religieux, symboles de pouvoir (faisceaux, toge), techniques architecturales (voûte, arc), et même certains aspects de l’organisation politique. Trois rois de Rome, dont Tarquin l’Ancien et Tarquin le Superbe, étaient d’origine étrusque. L’art, la religion, l’urbanisme et le raffinement du mode de vie étrusque ont ainsi profondément marqué la civilisation romaine et, par son intermédiaire, l’ensemble du monde occidental.

En conclusion on peut dire que la civilisation étrusque demeure l’un des grands jalons de l’histoire méditerranéenne, à la croisée des influences orientales et occidentales. Malgré la disparition de leur langue et l’assimilation progressive de leur culture par Rome, les Étrusques continuent de fasciner par leur sens du luxe, leur art de vivre, leur ouverture aux échanges et leur contribution à la formation de l’identité italienne et européenne.  Et c’est une petite partie de ce fragment de l’histoire culturelle occidentale que Voyages Lambert vous emmène découvrir avec son circuit Italie du Centre, Toscane, Ombrie et Latium, le berceau des civilisations.


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