Au cœur de Lima, capitale bouillonnante du Pérou, l’histoire continue de façonner le présent. La statue de Francisco Pizarro, conquistador espagnol et fondateur de la ville, a longtemps occupé une place centrale dans l’espace public… jusqu’à ce que son rôle controversé dans la conquête du pays suscite débats et repositionnements. Cette controverse illustre bien la manière dont le Pérou, riche de traditions millénaires et de bouleversements historiques, interroge aujourd’hui son héritage colonial. Lors du circuit exclusif de Voyages Lambert au Pérou, vous aurez l’occasion de découvrir Lima à travers ses multiples facettes : son patrimoine précolombien, son architecture coloniale et son dynamisme moderne. C’est dans ce contexte fascinant que l’histoire de la statue de Pizarro prend tout son sens, offrant une porte d’entrée pour mieux comprendre l’âme du Pérou.

Lima, Peru, Archbishop Palace on colonial Central plaza Mayor or Plaza de Armas in historic center

La controverse de la statue de Pizarro à Lima

Depuis janvier 2025, un étrange débat entourant le retour de la statue équestre de Francisco Pizarro fait rage au Pérou. En effet, cette œuvre du sculpteur américain Charles Cary Rumsey, qui commémore les exploits du célèbre conquistador, a d’abord été placée au centre de la Plaza de Armas en 1935, tout près du palais présidentiel. À cette époque, on cherchait à commémorer le 400e anniversaire de la ville des Rois, fondée par Pizarro en janvier 1535. Toutefois, en 2003, devant les critiques virulentes de ceux qui réclamaient le départ de la statue de l’Espagnol, le monument avait été déplacé. Pour se débarrasser de la controverse, on avait emmené Pizarro dans un parc mineur, près des rails de trains, loin des circuits touristiques. Mais les conservateurs péruviens ont continué à souhaiter le retour du conquistador à son emplacement initial, jusqu’à ce que le maire de Lima, Rafael López Aliaga, ramène au centre-ville la statue du cavalier, épée à la main, pour commémorer les 490 ans de la capitale du Pérou.

Statue equestre de Pizarro Lima Perou
Localisation de la statue de Pizarro de 2003 à 2025

Qui était donc Francisco Pizarro?

Ce conquistador est né vers 1475 à Tolède en Espagne. On sait qu’il était illettré et illégitime, c’est-à-dire que son père officier d’infanterie et sa mère servante n’étaient pas mariés. Comme plusieurs jeunes aventureux de son époque, il a opté pour un voyage au Nouveau monde comme son cousin, Hernan Cortez, l’avait fait avant lui. Pizarro a par la suite convaincu ses frères Juan, Francisco Martin, Gonzalo et Hernando de se joindre à lui en leur parlant de conquérir un empire mythique, celui des Incas.

Les conquistadors étaient des hommes entreprenants qui devaient eux-mêmes trouver du financement pour payer leur expédition maritime entre l’ancien et le nouveau monde. Ils devaient recruter, armer et former des soldats dont la fidélité n’était pas toujours acquise. En rêvant de conquérir l’empire Inca, un empire estimé à 10 millions d’âmes, Francisco Pizarro s’est associé à deux autres espagnols, Diego de Almagro, recruteur et armateur de l’expédition, et Hernando de Luque, un prêtre dominicain.

Le 26 juillet 1529, Francisco Pizarro a reçu la licence royale du roi d’Espagne, Charles Quint, lui permettant de partir à la conquête du Pérou. Pizarro a promis au souverain de lui livrer un cinquième de tous les profits s’il parvenait à vaincre les Incas. En retour, Pizarro voulait être nommé gouverneur des terres conquises. Pizarro avait un accord verbal avec Diego de Almagro : les deux associés avaient convenu de diviser les profits équitablement après la victoire. Pourtant, lors de sa représentation à Charles Quint, Pizarro s’est présenté comme le seul chef d’expédition. Almagro ne lui a jamais pardonné cette trahison.

Pizarro a donc quitté l’Espagne avec trois navires, 180 hommes et 27 chevaux. Il s’est arrêté à Panama pour embarquer Diego de Almagro et d’autres soldats recrutés par son associé. Parce qu’il n’existait pas de canal de navigation pour passer de l’océan Atlantique au Pacifique à cette époque, tous les équipages désirant explorer la côte ouest des Amériques devaient débarquer dans la ville de Panama. Par la suite, toutes les marchandises devaient être transportées à dos de mulet pour traverser l’isthme de Panama et embarquées dans un autre bateau sur la côte Pacifique.

Lorsqu’ils ont débarqué sur les côtes péruviennes, les Espagnols ne savaient pas encore à quel point il serait facile pour eux de renverser un puissant empire. En effet, des épidémies importées d’Europe et une guerre civile sans merci ravagaient ce qui a été pendant un moment au XVe siècle le plus vaste empire du monde.

C’est dans la ville de Cajamarca que la rencontre entre le conquistador espagnol et l’empereur des Incas, Atahualpa, a eu lieu le 16 novembre 1532. Aujourd’hui, Cajamarca est une ville touristique du Nord du Pérou où il est possible de visiter quelques sites d’intérêt dont la chambre de la rançon (cuarto del rescate), aujourd’hui un musée interprétant la chute des Incas. On peut visiter la pièce où Pizarro aurait enfermé l’empereur inca après que celui-ci ait été fait prisonnier par les Espagnols. Dans un geste désespéré, Atahualpa avait promis de payer une rançon aux Espagnols en échange de sa libération. Il a raconté à Pizarro qu’il allait remplir la pièce d’objets en or et en argent. Malgré le paiement de cette prime, le souverain a été exécuté. Après sa mort, les Incas n’ont jamais réussi à récupérer la souveraineté sur leur territoire.

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Pizarro s’emparant de l’empire inca, toile de John Everett Millais, 1846

La capitale de l’empire Incas s’appelait Cuzco. Ce peuple considérait Cuzco, ville sacrée, comme le centre (ou plutôt le nombril) du monde. Aujourd’hui Cuzco est une ville très prisée des touristes parce qu’elle est située dans un endroit ravissant, à 3399 mètres d’altitude dans la cordillère des Andes. Mais Pizarro, après avoir éliminé le chef Atahualpa, a décidé de ne pas s’installer au cœur de l’empire inca. Il a plutôt cherché un endroit favorable pour fonder une nouvelle capitale : la ville de Lima. Il a choisi un emplacement sur la côte Pacifique où il serait possible de construire un port, de manière à assurer une liaison maritime avec l’Espagne.

Pizarro a appelé la capitale coloniale du Pérou « Ciudad de los Reyes ». En effet, la ville a été fondée en janvier 1535 et le nom rend hommage aux trois rois mages de la Bible. Malgré l’appellation religieuse, les colons espagnols se sont mis à surnommer la ville Lima. Il s’agit d’une déformation du mot quechua Rimac (« celui qui parle »). Le fleuve Rimac assurait l’approvisionnement en eau potable pour les habitants de la ville et les agriculteurs des environs. C’est sur les rives de ce cours d’eau que Pizarro a fondé sa capitale.

En 1542, la ville est devenue la capitale de la vice-royauté du Pérou. Une vice-royauté était alors une subdivision de l’empire espagnol où l’empereur Charles Quint nommait un vice-roi pour gouverner en son nom. Tel que promis, Pizarro est devenu gouverneur des nouvelles terres conquises et ce, même s’il était illettré.

Mais c’était sans compter la jalousie de Diego de Almagro, un ancien associé de Pizarro qui n’a jamais accepté pas la trahison de son ami. C’est ainsi qu’après avoir vaincu les Incas, Almagro et Pizarro se sont lancés dans une guerre intestine entre conquistadors. Pizarro a d’abord fait exécuter Almagro en l’accusant de trahison. Par la suite, le fils de ce dernier, Diego Almagro le jeune, a réussi à venger son père en assassinant Pizarro le 26 juin 1541 à Lima.

Assassinat de Pizarro 26 juin 1541 Perou Lima
Assassinat de Pizarro 26 juin 1541

Aujourd’hui, Lima est une ville immense de 11 millions d’habitants réputée pour sa gastronomie et ses magnifiques paysages de bord de mer. Les touristes aiment particulièrement se balader dans le quartier économique Miraflores, le quartier bohème Barranco, et aussi le centre-ville colonial (Centre historico). Parmi les attractions les plus prisées de la capitale, on trouve la cathédrale, le palais présidentiel et plusieurs couvents d’intérêt patrimonial, dont le couvent San Francisco. Si vous vous y rendez cette année, vous pourrez aussi voir l’énigmatique statue de retour au beau milieu de la Plaza… Et peut-être quelques graffitis et slogans colériques.

Pourquoi la figure de Francisco Pizarro est-elle toujours aussi clivante aujourd’hui au Pérou? Le conquistador a longtemps été présenté comme un génie militaire ayant mis à genou un empire immense avec peu de matériel et de soldats, en employant ruse et stratégie. Aujourd’hui, les historiens rappellent que malgré une victoire incontestable, les Espagnols ont gagné contre un empire inca affaibli à cause de ses problèmes internes (guerre civile et épidémies). Il faut donc relativiser les récits héroïques où on raconte les exploits d’un homme d’exception.

Francisco Pizarro représente aussi pour les uns, la violence et la destruction des cultures autochtones. Pour les autres, Pizarro est le fondateur du Pérou moderne et de ses structures politiques. Dans ce pays catholique, l’héritage espagnol reste également associé au triomphe de la foi chrétienne sur les religions païennes. Ainsi, dans un pays qui garde encore aujourd’hui des profondes cicatrices du passé, Pizarro continue de symboliser la fracture entre Européens et autochtones, entre les classes sociales privilégiées et prolétaires, dominants et dominés.

Medieval colonial buildings in Lima, the capital and largest city in Peru
Place d’armes, centre historique de Lima

En 2020, la pandémie de COVID-19 a profondément affecté le Pérou : ce pays a eu le plus haut taux de décès par habitant au monde en 2021. Depuis lors, les problèmes politiques se sont multipliés au Pérou. En 2020, le président conservateur Martin Vizcarra a été destitué de son poste, accusé de corruption. En juillet 2021, le président de gauche et d’origine paysanne Pedro Castillo a dû défendre son poste malgré les attaques de la droite, puis il a été emprisonné pour corruption. Sa vice-présidente, Dina Boluarte, a été incapable de contrôler les manifestations populaires, accusant le congrès péruvien trop à droite d’obstruction. Bref, force est de constater que le Pérou reste un pays polarisé entre les minorités privilégiées. Pizarro est donc le symbole de cette époque où la supériorité européenne était incontestée. Il y a donc fort à parier que la statue équestre de Francisco Pizarro risque d’être à nouveau déplacée dans les prochaines années, tantôt fièrement arborée, tantôt dissimulée avec une certaine honte.

Malgré une histoire récente marquée par des défis, le Pérou s’affirme aujourd’hui comme une destination sécuritaire et vibrante, prête à accueillir les voyageurs curieux. Marcher sur les traces de l’empire inca, c’est découvrir l’extraordinaire ingéniosité d’une civilisation qui, même de courte durée, a su bâtir des merveilles intemporelles. Des ruelles animées de Lima aux sommets sacrés du Machu Picchu, en passant par la vallée sacrée et Cuzco, chaque étape de ce circuit au Pérou est une invitation à s’émerveiller et à comprendre un peu mieux l’âme de ce pays fascinant. Le Pérou vous attend — et il saura vous surprendre.


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