
Olduvai, témoin de l’origine humaine
Voilà maintenant de nombreuses années que Voyages Lambert vous invite à participer à une grande aventure qui est celle de son circuit au Kenya et en Tanzanie. Partir pour ces deux pays de l’Afrique de l’Est c’est entrer de plain-pied dans un rêve, c’est faire un pèlerinage au cœur de la Nature sauvage du Grand Rift, c’est entrer en contact rapproché avec une faune d’une diversité extraordinaire et c’est aussi partir à la rencontre d’une mosaïque de peuples aux traditions variées, des cultures aux riches coutumes et au folklore coloré. Et lorsqu’on parle d’êtres humains, on parle de l’aventure de notre espèce… comme en témoigne l’un des endroits les plus passionnants par lesquels on passe au cours de ce circuit, le site d’Olduvai, en Tanzanie.
Olduvai, un nom presque iconique lorsqu’on s’intéresse à la grande aventure de l’espèce humaine en particulier et au sens de la vie en général. À la grande interrogation métaphysique souvent posée sous cette forme d’une série de questions bien connues : « Qui sommes-nous ? », « D’où venons-nous ? », Où allons-nous ? », ce lieu incroyable fait partie des rares endroits au monde qui peuvent se vanter de répondre en grande partie à la deuxième d’entre elles. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre qu’il a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Un décor impressionnant de suggestivité
Il faut déjà s’imaginer la place. L’endroit est magnifiquement situé dans le paysage grandiose du Grand Rift où finit la grande plaine de Serengeti et où commencent les contreforts du Ngorongoro, en plein cœur du pays masaï. Partout où peut porter le regard il y a les grands troupeaux d’ongulés, quelques acacias, des touffes de sisal (justement nommés Olduvai en langue masaï) et lorsque ce ne sont pas des animaux de la faune sauvage africaine ce sont des troupeaux de bétail et leurs fiers bergers, masaï pour la plus grande majorité d’entre eux, enveloppés dans leurs shuka rouges que l’on aperçoit. Il y a déjà quelque chose d’intemporel dans cet environnement, et la sensation que notre corps est en train de s’imprégner d’un on-ne-sait-quoi d’originel.
Pendant que l’on parcourt en véhicules tout terrains ces étendues infinies, tout d’un coup, se dresse un monument arborant fièrement les crânes de nos lointains ancêtres et qui se dresse là ou commence le chemin qui mène au musée et à la gorge d’Olduvai. Puis, quelques kilomètres après, on arrive à proximité de quelques bâtiments organisés selon un grand cercle qui forment un remarquable et très didactique musée consacré à la préhistoire dans la région. Quand on les contourne et on se retrouve face à un petit canyon creusé au cours des millénaires par les eaux de ruissellement à travers différentes couches sédimentaires. C’est au sein de ces couches dans l’une des zones les plus riches d’Afrique en vestiges anciens de notre espèce, que l’on a retrouvé un matériel archéologique qui fait partie des joyaux les plus précieux de la paléontologie mondiale, rien de moins! On parle de différentes strates superposées ocres et marron dont la chronologie s’étire entre 2,5 millions et 400 000 ans avant le présent. Parmi celles-ci, on a pu mettre en évidence des couches correspondant à cinq différents stades de l’évolution de l’humanité.

Un intérêt préhistorique exceptionnel
Ces gorges d’Olduvai sont d’un intérêt préhistorique exceptionnel car plusieurs facteurs ont fait que se sont miraculeusement rassemblés dans un même endroit des témoignages remarquables. Pour commencer il y avait en ces lieux la présence d’un lac intermittent qui a permis une longue sédimentation sur les deux derniers millions d’années et donc un ensevelissement relativement rapide de nombreux restes faunistiques et lithiques. Ensuite, l’intense activité volcanique de la région a entraîné le dépôt tout au long de la séquence chronologique de différents niveaux de cendres volcaniques susceptibles d’être aisément datées. Enfin, l’érosion liée au ruissellement a entraîné le creusement de ces gorges et entaillé les différentes couches sédimentaires en les rendant facilement accessibles. Les rares élus qui peuvent descendre dans la gorge, des chercheurs accrédités uniquement, racontent que sous leurs pas crissent les brisures d’os d’animaux fossilisés tandis que les parois rocheuses montrent ici et là, entre autres, un tibia de girafe ou encore des dents d’éléphants préhistoriques. Des trésors juste à portée de main! Si le lieu a aussi livré de nombreux fossiles humains et préhumains, cela se justifie par le fait que déjà, au cours de ces époques les plus reculées, de nombreux groupes d’ancêtres préhistoriques étaient présents dans ces régions d’Afrique, mais à Olduvai une conjonction de facteurs favorables a permis la conservation puis la redécouverte des vestiges de leur existence passée.
Un tandem efficace : Louis et Mary Leakey
Bien que le site soit connu depuis 1911, l’aventure archéologique commence vraiment à partir de 1951 lorsque Mary et Louis Leakey, un couple de paléontologues anglo-kenyan exhument le crâne d’une espèce inconnue d’hominidé. Louis Leakey, né de parents missionnaires britanniques, passa son enfance parmi les Kikuyu, le groupe ethnique le plus important du Kenya. Après des études d’anthropologie et d’archéologie à Cambridge, il fut invité, en raison de sa parfaite connaissance du swahili, à participer après la Première Guerre mondiale, à plusieurs expéditions paléontologiques et archéologiques initiées par le British Museum of Natural History, à l’issue desquelles il publia rapidement « Adam’s Ancestors » (1934) illustré par Mary Douglas Nicol. Ce fut le début d’une longue et fructueuse collaboration, scellée par un amour commun pour l’Afrique et par leur union à la veille de Noël 1936. Née à Londres Mary Douglas Nicol eut l’occasion, dès l’âge de 12 ans, lorsqu’elle fut emmenée en Dordogne par son père, un peintre paysagiste non dénué de talent. La famille Nicol, qui s’était installée aux Eyzies, se lia très vite d’amitié avec deux préhistoriens français, Denis Peyrony et l’abbé Lemozi, qui firent découvrir à Mary les spectaculaires peintures pariétales de la grotte de Pech Merle dans le Lot. Ayant hérité de son père d’un réel talent de dessinatrice, elle le mit à profit, à son retour en Angleterre et c’est ainsi qu’elle rencontra son futur mari.

Le couple partit pour l’Afrique orientale et s’installa tout d’abord sur les bords du Lac Nakuru et dès ce moment-là les Leakey se partagèrent l’étude des sites, Louis s’occupant des ossements humains et animaux, Mary des outils taillés. C’est donc en 1951 que les Leakey reprirent les fouilles de la gorge d’Olduvai. En juillet 1959 ils trouvèrent le crâne d’une espèce préhumaine âgée de 1,75 millions d’années : Paranthropus bosei que l’on connaît aussi sous le nom de zinjanthrope (zinj étant un mot très ancien pour désigner l’Afrique orientale). À l’époque, on surnomma même le fossile « casse-noisette » en raison de sa denture post-canine puissante, adaptée à une nourriture de savane très coriace comme des graines ou des noix. C’était une découverte majeure car à cette époque on connaissait l’homme de Java (retrouvé en 1891) et l’homme de Pékin (en 1929), deux représentants de l’espèce homo erectus, qui orientaient l’origine de l’espèce humaine en Asie. La découverte du zinjanthrope confirmait l’hypothèse darwinienne selon laquelle l’Afrique est vraiment le berceau de l’humanité. C’est cette trouvaille qui a ouvert la voie à de nombreuses recherches archéologiques dans la vallée du Grand Rift, lesquelles, depuis, n’ont jamais cessé de livrer du matériel et des preuves de l’origine africaine du genre humain. Un an plus tard, en 1960, les Leakey découvraient les premiers fossiles de l’espèce homo habilis, ceux qui furent les premiers à savoir fabriquer des outils primitifs en pierre. Depuis ce ne sont pas moins d’une centaine de fossiles d’hominiens qui ont été découverts à Olduvai que l’on peut regrouper en cinq différentes espèces : Paranthropus bosei, Homo habilis, Homo erectus, Homo sapiens, Homo sapiens sapiens.
Impacts des découvertes d’Olduvai sur la préhistoire humaine
On doit le dire, Olduvai n’est peut-être pas le site africain le plus prolifique pour chercher et trouver des reliquats de nos ancêtres, surtout si on le compare par exemple aux 60 000 ossements exhumés au Lac Turkana, à cheval sur le territoire du Kenya et de l’Éthiopie mais l’intérêt des gorges d’Olduvai réside ailleurs.
En effet il est l’un des rares sites à donner une idée assez précise de certains aspects du mode de vie des premiers êtres humains. L’analyse des milliers d’outils et de fossiles d’animaux situés dans les différentes couches sédimentaires ont permis de déterminer précisément quelles étaient les conditions environnementales qui prévalaient à l’époque de nos différents ancêtres. Par exemple la façon dont les squelettes de gibier sont disloqués et dépouillés ont permis de comprendre si ces ancêtres étaient des chasseurs ou se nourrissaient de charognes. Le musée du site, qui pour notre circuit Kenya et Tanzanie est une halte incontournable, reconstitue de façon remarquablement visuelle tous les paysages et toute cette faune qui caractérisaient chacune des différentes périodes préhistoriques liées aux cinq espèces humaines que l’on y évoque.
Parmi les éléments importants, Olduvai a pu prouver qu’un changement climatique survenu dans ces régions entre 1,8 et 1,2 millions d’années aurait forcé les hominiens à davantage se défendre des prédateurs ce qui aurait provoqué le développement de leur cerveau. Une hypothèse qui alimente la théorie, partagée par de nombreux paléontologues, dont le regretté Yves Coppens (décédé en 2022), selon laquelle les variations climatiques ont été le principal moteur de l’évolution humaine. À méditer pour notre propre avenir !
C’est une sensation vertigineuse de savoir que, quand on se trouve dans cet endroit bien précis, cela fait plus de deux millions d’années que des êtres pré-humains puis humains vivent là! Ça fait rêver et cela rassure en même temps. C’est de l’émotion culturelle à l’état pur, et surtout l’un des points d’orgue du circuit Voyages Lambert au Kenya et en Tanzanie.
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