Les Balkans : suggestions de livres et de films

Par Joëlle Gauthier, membre de l'équipe

« Les Balkans produisent plus d’Histoire qu’ils ne peuvent en consommer localement », disait Winston Churchill. Il évoquait ainsi l’écheveau constitué par les 10 nations, les 8 langues, les 4 religions et les 3 alphabets de la région. Il évoquait surtout la longue et complexe cohabitation entre ces peuples, parfois violente, souvent pacifique, et la lente élaboration d’une culture commune. Au-delà des récits nationalistes, ce sont en effet autour d’un même café, en mangeant la même moussaka, le même ajvar de poivrons et les mêmes baklavas, que se rassemblent Serbes, Turcs ou Grecs.

 

Quels sont les pays qui forment les Balkans ?

 Si l’appellation « Balkans » est associée dans l’inconscient collectif à des tensions et guerres récentes, bien peu peuvent nommer les pays composants cette région si riche au point de vue historique en les situant sur une carte. La péninsule balkanique se divise en trois sous-groupes : les Balkans « aborigènes » regroupant l’Albanie, la Grèce, le Kosovo, la Roumanie ; les Balkans « slaves » constitués de la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie, ainsi que et les Balkans « turcs » comptant… la Turquie. C’est une contrée montagneuse aux paysages singuliers ; un lieu de passage et de rencontres où se sont côtoyées les influences latines, grecques, russes et turques.

En cheminant à travers ces vallées, de la fière Serbie à la brillante Macédoine en passant par les côtes ensoleillées du Monténégro ou de l’Albanie, l’itinéraire exclusif de Voyages Lambert permet la découverte des multiples facettes de cette péninsule fascinante.

Pour mieux se préparer à un tel périple ou simplement pour rêver, vos experts en voyages vous ont concocté une liste de suggestions littéraires et cinématographiques rendant hommage au particularisme de la région.

 

Suggestions littéraires 

Neretva, Aline Apostolska, Québec Amérique, 2005

La Neretva est une rivière aux eaux cristallines séparant la Bosnie de l’Herzégovine. Sa beauté cache des courants violents et surtout une Histoire souvent sanglante. La Neretva a en effet longtemps séparé les Croates catholiques des Serbes orthodoxes et des Bosniaques musulmans. C’est sur ses rives que se déroule une grande partie de ce roman suivant le destin de 4 générations de Yougoslaves, des affres de la Première Guerre mondiale au désenchantement de la période post-communiste. Ses personnages, inspirés de la famille de l’auteure, croisent le chemin des personnages petits et grands qui ont fait l’Histoire de la région. Un roman-fleuve, dans le plus noble sens du terme.

 

Le Pont sur la Drina — Ivo Andric – Éditions le livre de Poche, 2013 (paru en 1945)

À Visegrad, sur le pont reliant les deux rives de la Drina; le monde serbe et bosniaque; l’Orient et l’Occident se concentre, depuis le XVIe siècle, la vie des habitants, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie. On y palabre, s’affronte aux cartes, écoute les proclamations des Ottomans puis des austro-hongrois. Ivo Andriécï, prix Nobel de littérature en 1961, nous offre une chronique de ces quatre siècles, faisant revivre mille et un personnages : de Radisav le Serbe empalé par le gouverneur turc, à Fata qui se jette du pont pour éviter un mariage forcé, et au vieil Ali Hodja, le Turc traditionaliste, qui voit avec consternation surgir les troupes de l’empereur François-Joseph.

 

La fille de l’Est — Clara Uson — Éditions Gallimard, 2014

Guerre de Bosnie — 24 mars 1994. Belgrade. Ana Mladic, 23 ans, est retrouvée morte d’une balle dans la tête. À ses côtés, le pistolet préféré de son père, le général Ratko Mladic, que la presse étrangère surnomme déjà « le boucher des Balkans ». L’enquête conclut à un suicide. La rumeur quant à elle prétend que cet acte serait une tentative désespérée de mettre fin à la guerre en envoyant un message à son père. Sa mort obtient pourtant l’effet inverse : fou de douleur et de rage, Ratko Mladic entreprend le siège de Srebrenica. À travers le destin tragique d’Ana Mladic, dont elle tisse subtilement chaque fil, Clara Usón nous plonge ici au cœur même de la mémoire des Balkans. Elle nous rappelle le passé flamboyant et douloureux de l’ex-Yougoslavie et, sans parti pris ni manichéisme, mêlant habilement les faits historiques et les péripéties d’une fiction, nous dépeint les atrocités de cette guerre hantée par les vieux démons du nationalisme.

L’attentat de Sarajevo – Georges Perec – Éditions SEUIL, 2016

Récit posthume des 53 jours de l’expérience yougoslave de Georges Perec qui y séjourna en 1957, à vingt-et-un ans, alors qu’il était étudiant en histoire. Cet essai, dicté en urgence à une de ses anciennes camarades du lycée d’Étampes, fut perdu et n’a été retrouvé qu’après sa mort. On y découvre un Perec inattendu, dans un roman frôlant l’analyse psychologique esquissant une histoire d’amour et de jalousie, oscillant entre récit autobiographique et fiction.

Macédoine 1900 — Necati Cumali – Éditions SINDBAD, 2007

Fin du XIXe-début du XXe siècle. L’Empire ottoman dans les Balkans est à bout de souffle. Les onze nouvelles réunies dans cet ouvrage par Necati Cumali restituent cette période charnière, tout en éclairant les tragédies récentes de la région, ravagée par les conflits ethniques et confessionnels. Problèmes de mutation des traditions, de la vie sociale, naissance de nouvelles identités, revendications politiques des différentes communautés, tels sont les thèmes de ces nouvelles au caractère personnel, presque autobiographique.

 

Suggestions cinématographiques

Chat noir, chat blanc, d’Emir Kusturica, réalisateur serbe incontournable, 1998

Dans un petit village gitan au bord du Danube, Matko vit de petits trafics avec les Russes. Il a besoin d’argent pour réaliser un coup important et demande à Grga Pitic, parrain de la mafia locale et vieil ami de la famille, de le financer. Grga accepte, mais l’associé de Matko, le dangereux Dadan en décide autrement et s’approprie l’argent du coup. Pour solder sa dette, Dadan lui propose de marier son fils Zare à sa minuscule sœur cadette, surnommée « Bubamara », — « coccinelle » en serbe. Mais Zare en aime une autre, la blonde Ida. Durant les festivités du mariage, la mariée profite d’un moment d’inattention pour s’enfuir. Un scénario improbable et haut en couleur, au rythme de la musique tzigane.

Du même réalisateur : Undergound, Palme d’Or du Festival de Cannes 1995

Sarajevo, mon amour, de Jasmila Zbanic avec Mirjana Karanovic, Luna Zimic Mijovic et Leon Lucev, 2006 — Ours d’Or Berlin 2006

Sarajevo, peu de temps après la guerre. Esma élève seule sa fille Sara, âgée de 12 ans. Samir, qui est dans la même classe, n’a pas de père non plus et il est persuadé que le sien est un héros de la guerre. Sara, quant à elle, pense que son père est également un héros, mais un événement va la faire douter. L’école organise une excursion. Il faut donc rassembler l’argent pour le voyage. Or, les fils et filles de héros de la guerre ont droit à une réduction en présentant une attestation. Esma préfère payer le prix fort plutôt que de fournir ce papier. La petite Sara commence à se poser des questions…

Cirkus Columbia, de Danis Tanovic avec Boris Ler, Mira Furlan & Miki Manojlovic, 2011

Une petite ville dans le sud de la Bosnie-Herzégovine. Après des années de régime communiste, un nouveau gouvernement démocratique mis en place et tous les sympathisants de l’ex-système sont tout à coup pardonnés. Après des années d’exil, il est temps pour Divko Buntic de rentrer chez lui et de se venger. Il est de retour, avec une nouvelle épouse de quarante ans sa cadette, une nouvelle Mercedes, un chat noir et beaucoup d’argent. Sa première vengeance consiste à jeter dehors de son ancienne maison son ex-épouse et son fils. Divko a l’impression que l’argent suffit à son bonheur et que tout lui réussit. Puis, une nuit, son chat disparaît. Son fils et sa jeune épouse tombent amoureux, et la guerre commence à frapper aux portes de la ville. Alors que tout commence à virer au noir pour Divko, il prend le dessus en regagnant la seule chose qu’il n’ait jamais vraiment voulue et la vraie raison de son retour : son ex-femme.

срећан пут

sretan put

udhetim te mbare

приятно пътуване

Bon voyage !

 

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