Rhinocéros, histoire d’un déclin

par Jean Louis Fabaron, accompagnateur

« Kenya et Tanzanie », « Namibie, Botswana et Zimbabwe », « Afrique du Sud », ces pays sont immédiatement évocateurs lorsqu’on parle d’envie d’évasion, de grands espaces et de contacts privilégiés avec la Nature sauvage. Chez Voyages Lambert ce sont des destinations que nous proposons depuis bien longtemps car nous savons très bien que l’émotion culturelle y sera toujours au rendez-vous. Lorsqu’on on va en Afrique, les rencontres sont toujours puissantes, que ce soit avec les gens, les peuples, les cultures mais aussi avec la faune, surtout avec ses plus grands exemplaires. Lorsqu’on se trouve dans les grands parcs nationaux et les plus grandes réserves, un safari reste l’un des meilleurs moyens pour arriver à vivre en toute sérénité des moments sensationnels de partage avec tous les êtres qui vivent dans des paysages à couper le souffle.

Le rhinoceros, le plus timide des « Big Five »?

Les plus imposants des mammifères de la faune africaine ont même été rassemblés dans le groupe des « Big Five », le Saint Graal de tout bon safari photographique en Afrique; une forme moderne heureusement plus respectueuse par rapport à l’époque où ces 5 grands étaient les plus beaux trophées de chasse à ramener chez soi. Il en est un, parmi les 5 grands mammifères, qu’il devient de plus en plus difficile à ne serait-ce que pouvoir observer de loin, ce qui semblerait être le signe d’une raréfaction drastique, et il s’agit du rhinocéros.

Il y a peu de temps encore, dans un safari dédié à la recherche des Big Five, le léopard était (et reste encore objectivement) un des plus difficiles à observer car ses mœurs nocturnes et sa discrétion absolue en font un sujet rare à approcher et photographier. Pourtant le léopard reste un animal relativement commun et un jour ou l’autre on finit par le rencontrer. Contrairement au rhinocéros qui lui, malgré une taille notoire qui le rend repérable de loin, brille par son absence. Et cette absence choque car il y a quelques décennies encore il n’était pas si rare que ça d’apercevoir quelques-uns de ces colosses occupés à paître dans la savane.

En fait jusqu’au milieu du XIXe siècle, les rhinocéros étaient largement répandus que ce soit dans les savanes africaines ou dans les forêts tropicales d’Asie. Les rhinocéros modernes sillonnent notre planète depuis 26 millions d’années. Au milieu du XIXe siècle, on estimait leur population à plus d’un million d’individus, seulement en Afrique.

White rhinoceros (Ceratotherium simum) in open grassland, Lake Nakuru National Park, Kenya

Le rhinoceros, espèce en danger

Depuis les débuts de la révolution industrielle les rhinocéros sont victimes d’une forte dégradation de leur environnement et, hélas, d’un braconnage intensif pour leurs cornes. Dans certains pays les cornes de rhinocéros sont bien plus précieuses que l’or. La demande est intarissable malgré tous les interdits, et pour y répondre le braconnage est constant. D’une part c’est un objet d’ornement d’une grande valeur dans certains pays du Moyen Orient où elles servent à faire les manches de poignards rituels appelés jambiyas. D’autre part, réduites en poudre, elles sont considérées dans certains pays asiatiques comme un remède miracle contre certaines maladies, même s’il a été démontré que la corne ne possède aucune vertu curative réelle, du moins pas plus que la kératine – c’est-à-dire la même matière que nos ongles – qui la compose! L’interdiction de son commerce depuis 1977 n’a hélas pas permis d’enrayer le massacre de cet animal en Afrique. Le braconnage a déjà plus que fortement fragilisé l’espèce et il reste aujourd’hui en perpétuelle augmentation. En effet la demande asiatique reste très forte. De plus il faut considérer que le contexte politique assez instable dans certaines régions d’Afrique n’aide en rien à la situation désespérée des rhinocéros. Quand ce n’est pas par le braconnage, ce sont les guerres civiles qui ont fini, ou qui finissent d’achever les derniers rhinocéros. Quel gâchis!

Les rhinocéros sont les plus gros animaux terrestres, juste après les éléphants. Ils sont facilement reconnaissables avec leur corps massif, leurs pattes courtes et la présence d’une ou 2 cornes si caractéristiques juchées sur leur museau. Elles leur permettent de se protéger, de se défendre de tout sauf de la rapacité de l’être humain. On compte actuellement cinq espèces de rhinocéros, deux en Afrique, le rhinocéros blanc et le rhinocéros noir; et trois en Asie, le rhinocéros unicorne d’Inde, le rhinocéros de la Sonde, et le rhinocéros de Sumatra. Le statut est désormais alarmant car selon les derniers classements de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) quatre espèces sont en danger critique d’extinction ou quasi-menacées, seul le rhinocéros unicorne d’Inde n’est considéré que « vulnérable ». Rappelons un fait d’actualité de ce début de XXIe siècle. En Afrique la sous-espèce du rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simun cottoni) a pour ainsi dire disparu depuis la mort du dernier mâle Sudan en 2018. En 1970 il y avait encore 500 rhinocéros blancs du Nord, le braconnage avait fait chuter la population à 15 têtes en 1980. Aujourd’hui il ne reste que deux femelles : Najin et Fatu, l’une trop âgée, l’autre avec une malformation congénitale. Elles sont surveillées de très près dans une réserve du Kenya, celle d’Ol Pejeta.

Heureusement que la sous-espèce des rhinocéros blancs du Sud (Ceratotherium simun simun) compte une population estimée autour de 15 000 individus. Mais pour combien de temps encore?

African safari. Details of horn of a White Rhinoceros male, side view. Ceratotherium simum, also called camouflage rhinoceros standing in bushland habitat, South Africa. The Rhinos is part of Big Five

Physionomie du rhinocéros

En réalité le rhinocéros qu’il soit blanc ou noir est … gris! Cet animal massif revêt une peau épaisse de couleur gris clair. La tête est large et pourvue de lèvres larges et carrées pour le rhinocéros blanc, tandis que la lèvre supérieure est en pointe pour mieux saisir les feuilles chez le rhinocéros noir. À l’exception des oreilles et de la queue qui portent des poils, l’animal est glabre. Il peut afficher une taille de 3 à 4 m de long, une hauteur au garrot de 1,5 à 1,90 m pour un poids allant de 2 à 3 tonnes. Avec ses pattes courtes mais puissantes il peut soutenir une vitesse moyenne de 25 km/h sur une bonne distance et même pousser des vitesses de pointe de 45 km/h. La corne antérieure mesure en moyenne 90 cm avec un record établi à 150 cm, la corne postérieure dépassant rarement les 60 cm. Elle se compose exclusivement de kératine agglutinée, donc, rappelons-le, une protéine fibrillaire que l’on retrouve aussi dans nos ongles. Très pointue la longue corne avant pousse en continu mais s’use constamment lorsque le rhinocéros se frotte contre des rochers ou des arbres. Bien que dépourvue d’os, la matière très compacte dont elle est constituée lui confère une grande dureté.

Où vit le rhinocéros?

Savanes, prairies ou forêts denses, l’habitat d’un rhinocéros se situe toujours à côté d’un point d’eau. Il va s’y désaltérer fréquemment et prend des bains de boue pour se rafraîchir et lutter contre les parasites. C’est dans ce type de milieu naturel que le méga-herbivore (herbivore de grande taille) trouve sa nourriture. Selon les saisons, son menu se compose d’herbes, de fines broussailles, de tiges, de feuilles, de graines, de fleurs, de racines, de fruits et de petites plantes ligneuses. Le rhinocéros évolue en solitaire ou en petits groupes familiaux composés d’un mâle dominant, de femelles et de leurs jeunes. Il s’agit d’un mammifère particulièrement territorial qui marque son domaine avec ses déjections ou en frottant ses cornes contre des troncs d’arbres. Il a été observé que le mâle « propriétaire des lieux » cherche à empêcher fermement une femelle fertile de quitter son territoire. Il est capable pour cela de la poursuivre sur de longues distances tout en poussant des cris proches du couinement. Si lune de miel il y a, elle dure alors entre 2 et 5 jours. Le rhinocéros ne se montre généralement pas agressif mais lorsque par exemple les chemins de deux mâles se croisent en période de reproduction alors il peut y avoir des affrontements voire des combats violents.

White Rhinoceros on the plain's of South Africa

Les femelles, quant à elles, se révèlent très protectrices pour leur petit et elles n’hésitent pas à charger tout intrus. Dès qu’elles se savent porteuses d’une future vie, elles quittent le clan familial pour vivre leur grossesse seule, laquelle dure de 16 à 18 mois. À l’approche du terme, elle s’isole dans un couvert végétal dense pour mettre bas et élever son petit. Celui-ci pèse entre 50 et 80 kilos à la naissance et est capable de se tenir debout 2 ou 3 heures après sa venue au monde. Il commencera à brouter de l’herbe à partir de l’âge de 2 mois et sera véritablement sevré vers 1 an. Ce n’est que lorsqu’il aura atteint l’âge de 2 ou 3 ans que sa génitrice le repoussera avant d’aller chercher à nouveau à s’accoupler. La maturité sexuelle intervient au bout de 5 ans chez les femelles alors que le mâle doit attendre environ 10 ans pour pouvoir s’imposer face à ses concurrents. S’il n’y avait, hélas trop souvent, les êtres humains pour abréger leur vie, ce sont des animaux qui pourraient prétendre vivre 40 à 50 ans. Leur taille imposante les rend quasiment intouchables par les autres animaux. Seuls les jeunes, les individus malades ou âgés deviennent des proies pour les lions et les hyènes.

Comment sauver les espèces de rhinocéros?

Il n’est pas une personne sensée qui puisse justifier le sort aussi tragique d’une créature aussi pacifique. Heureusement et envers et contre tout, grâce aux efforts des scientifiques et malgré l’audace des trafiquants, de nombreux individus, toutes espèces de rhinocéros confondues, sont conservés dans des zones protégées tels que des parcs nationaux, des réserves forestières, des sanctuaires…Pour les seuls rhinocéros blancs, la sous espèce survivante, celle du Sud,  de nombreuses mesures de protection ont été mises en place par les autorités internationales et locales, assurant même la réintroduction de l’espèce dans plusieurs pays d’Afrique. De plus, la chasse et la vente ont été régulées sur l’ensemble du territoire selon des quotas stricts. Ce sont des mesures qui ont permis de ralentir l’extinction du rhinocéros blanc, mais l’espèce demeure en 2022 en voie de disparition du fait du sous peuplement et, encore une fois, du braconnage. Un espoir repose peut-être aussi dans les techniques de procréation assistée qui peut et se doit de sauvegarder le rhinocéros dans sa diversité génétique, sous espèces incluses. En fait, des programmes de grande envergure ont par exemple été déployés en vue du maintien malgré son statut récent de techniquement éteinte, de la sous espèce, le rhinocéros blanc du Nord. C’est aujourd’hui possible et c’est une ambitieuse tentative de sauver de l’extinction une espèce emblématique.
Du sperme de Sudan, le dernier mâle éteint ainsi que celui d’un autre mâle rhinocéros du Nord décédé précédemment a été conservé. Des ovocytes (pas moins de 80) ont été prélevés sur les deux dernières femelles encore survivantes, qui, elles, ne peuvent pas ou plus procréer. Aux dernières nouvelles un total de 12 embryons de rhinocéros blancs du Nord a été créé au bout de 2 ans de travaux.

Beaucoup de défis persistent car maintenant il s’agit de trouver des mères porteuses issues de l’autre sous espèce, que l’embryon ne soit pas rejeté et bien sûr que chaque grossesse arrive à son terme. Beaucoup d’obstacles surtout lorsqu’on sait que le cycle hormonal du rhinocéros est très mal compris par les humains. En réalité jusqu’à aujourd’hui très peu de grossesses de rhinocéros ont réussi quand elles étaient menées par l’être humain. Mais la recherche évolue sans cesse et c’est une affaire qui reste à suivre à court, moyen et très long terme. En effet si l’on considère le terme comme étant le fait de relâcher des rhinocéros blancs du Nord dans leur milieu naturel, alors on parle d’un processus qui va s’étaler sur pas moins de 70 ans! Une sacrée aventure, temporelle cette fois, n’est-ce pas?

Nous le savons bien, l’être humain est capable du meilleur comme du pire. Dans le cas du rhinocéros blanc, comme dans celui de toutes les autres espèces de rhinocéros, il en va de l’honneur de l’humanité et de sa responsabilité à préserver la diversité de la planète. Voyages Lambert, dans sa nature même d’organisateur de voyages, a un devoir de recherche et de culture afin de mieux répondre à vos attentes. Les curiosités et les histoires sont nombreuses de par le monde. Et si parmi celles-ci il y a le désir de voir encore des rhinocéros, dans leur milieu naturel – tant qu’il en reste – alors un des voyages safaris que nous proposons en Afrique pourrait bien être l’un des meilleurs moyens de le faire! Et surtout gageons que Voyages Lambert puisse encore avoir longtemps la possibilité de vous emmener admirer de près ces colosses issus de la préhistoire ainsi que leurs innombrables voisins de savane!

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