Les Galapagos, Charles Darwin et la théorie de la sélection naturelle

par Jean Louis Fabaron, guide-accompagnateur

Les Îles Galápagos. Ce nom à lui tout seul évoque aventure et émotion culturelle. Rien d’étonnant à ce que Voyages Lambert en ait fait une destination privilégiée associée à son circuit Équateur et les Îles Galápagos, et ce, depuis 20 ans déjà! Véritable paradis terrestre, cet archipel a toujours fasciné les voyageurs du monde entier. Mais saviez-vous que ces îles ont également joué un rôle crucial dans la théorie de l’évolution? Elles furent pour Darwin un véritable laboratoire naturel où il put étudier les adaptations et les variations des espèces en fonction des différents environnements. Ses observations minutieuses sur les pinsons des Galápagos, notamment, lui permirent d’établir le lien entre ces variations et le processus d’évolution.

View of two beaches on Bartolome Island in the Galapagos Islands in Ecuador

La découverte de l’archipel des Galapágos

À environ un millier de kilomètres à l’Ouest des côtes de l’Équateur, juste sous la ligne équatoriale, se trouvent ces Galápagos, un archipel d’origine volcanique, composé de 19 îles principales et d’une quantité variable (selon les sources) d’îlots, de rochers et de récifs. L’activité sismique et le volcanisme toujours en activité illustrent les processus qui ont formé ces terres émergées. Ces îles ainsi que la réserve marine qui l’entoure constituent un musée, un laboratoire et un creuset d’espèces; un témoignage en direct des lois de l’évolution unique au monde. Ces processus, ainsi que l’isolement extrême des îles, ont entraîné le développement d’une faune originale parmi laquelle, les iguanes terrestres et marins, la tortue géante et les nombreuses espèces de pinsons qui inspirèrent à Charles Darwin sa théorie de l’évolution par la sélection naturelle à la suite de sa visite en 1835.

Au cours des millénaires, les vents et les courants marins amenèrent quelques plantes et quelques animaux jusqu’à ces côtes isolées. Certaines espèces trouvèrent là des conditions favorables à leur survie et se multiplièrent, elles furent à l’origine de nombreuses lignées, qui évoluèrent différemment par rapport aux populations dont elles étaient issues, en raison de l’isolement dans lequel elles se trouvaient. Pendant longtemps, rien ne vint troubler la paix des Galápagos, perdues dans l’océan Pacifique. Puis un jour arriva un bateau ayant à son bord l’évêque espagnol Tomas de Berlanga, envoyé par le roi d’Espagne pour mettre fin aux rivalités entre Francisco Pizarro et Diego de Almagra. Il était parti du Panama le 23 février 1535 pour se rendre au Pérou. Après 8 jours de navigation, les vents cessèrent complètement, immobilisant le bateau. Les voyageurs se rendirent compte pourtant qu’un courant les emportait vers le large, et ils perdirent de vue les côtes de l’Amérique du Sud.

Angoissés, les naufragés impuissants voyaient passer les jours sans que leur sort ne s’améliorât. La nourriture commençait à manquer quand le 10 mars ils aperçurent à l’horizon l’image indistincte de quelques îles perdues dans la brume. Ayant réussi à accoster, les membres de l’équipage eurent beaucoup de peine à trouver l’eau dont ils avaient tant besoin. Ils eurent cependant la surprise de contempler une faune fantastique. Devant leurs yeux éblouis des lézards plongeaient indolemment dans la mer, des lions de mer indifférents se chauffaient au soleil et de gigantesques tortues se déplaçaient paresseusement dans un paysage tourmenté de lave noire couvertes de cactus. Il y avait aussi des manchots, des rapaces qui se laissaient caresser de la main et toutes sortes d’animaux ne montrant aucune méfiance à l’égard de l’être humain. Cette faune insolite suscita une telle admiration chez les espagnols qu’ils en oublièrent jusqu’à leur soif, dit la légende!

Marine iguana looking at the blue footed booby, boobies on Isabela Island in Galapagos, Ecuador. Galapagos, Ecuador

Pirates, commerçants et savants

À partir de ce jour, les Galápagos perdirent leur paix millénaire. De refuge et de havre pour les espèces rares, elles se transformèrent en nid de pirates et en point d’approvisionnement pour trafiquants. Tous ceux qui visitèrent l’archipel à cette époque furent surpris par le monde animal extraordinaire qu’il abritait, mais personne alors ne possédait les connaissances scientifiques nécessaires pour en apprécier tout l’intérêt. Trois cent ans après l’arrivée de Berlanga et de ses compagnons, les Galápagos reçurent la visite d’un autre bateau et d’un homme dont les études allaient bouleverser toutes les idées émises jusqu’alors sur l’histoire de la Vie. Cet homme était Charles Darwin; quant au navire c’était le Beagle, bâtiment anglais de 28 m de longueur de la poupe à la proue, qui avait appareillé à Plymouth le 27 décembre 1831. Après une série d’escales dans les îles de l’Atlantique, au Brésil, en Argentine, au Chili, au Pérou, il jeta l’ancre aux Galápagos le 15 septembre 1835 avant de poursuivre sa croisière par le Pacifique Sud, la Nouvelle Zélande, l’Australie, les îles de l’Océan Indien et l’Afrique. Il côtoya de nouveau l’Amérique du Sud et retraversa l’Atlantique pour revenir à son point de départ le 2 octobre 1836.

Charles Darwin

Le plus célèbre des naturalistes de l’histoire est né le 12 février 1809, et mort le 19 avril 1882 au Royaume-Uni à l’âge de 73 ans. Le monde entier connaît cet homme grâce à son ouvrage « De l’origine des espèces » sorti en 1859. Ce livre traite de l’évolution des espèces suivant le principe connu sous le nom de « sélection naturelle ». Charles Darwin n’a qu’une vingtaine d’années lorsqu’il embarque comme naturaliste bénévole à bord du Beagle. Simple étudiant en théologie il était envoyé pour cartographier les côtes d’Amérique du Sud et pour tenir compagnie au capitaine Fitz Roy. Fasciné par la faune et la flore qu’il découvre à chaque escale, il va vite s’imposer comme le naturaliste de l’expédition. Sur les cinq années d’expédition, Darwin passe les deux tiers du temps à terre. Il observe beaucoup, récolte des organismes vivants ou fossiles et conserve de nombreux spécimens. Il envoie plusieurs spécimens à Cambridge accompagnés de lettres sur ses découvertes, construisant ainsi petit à petit sa réputation de naturaliste.

Lorsqu’il débarque sur les Galápagos en 1835 il constate que chaque archipel a ses propres espèces endémiques ayant évolué en vase clos. Darwin est impressionné par la continuité de la morphologie des animaux et des végétaux qu’il observe au fur et à mesure de la progression de l’expédition. Il remarque une continuité paléontologique et constate que dans une même région les fossiles ressemblent beaucoup aux espèces actuelles. L’idée d’une histoire évolutive commence à naître dans sa tête. L’exploration des îles Galápagos va fournir à Darwin des observations essentielles à la future élaboration de sa théorie de la sélection naturelle. Il rencontre certaines espèces qui sont uniques au monde et même présentes uniquement sur une seule des îles. L’étude de passereaux, des pinsons, va le conforter dans son idée. Darwin remarque que sur chacune des îles, les espèces de pinsons sont différentes. Il constate que les oiseaux vivant sur les différentes îles ont des becs de forme et de taille différentes selon le type de nourriture le plus présent sur l’île dans laquelle ils vivent. Les oiseaux à gros bec vivent par exemple sur l’île où des arbres à noix poussent. Les oiseaux qui vivent sur les îles où des plantes à graines poussent ont des becs plus fins. La forme des becs des pinsons s’est dont adaptée à la nourriture disponible : la « descendance avec modification », comme il le nommera plus tard. Précisons  que les îles Galápagos ne sont pas le sujet principal du livre de Darwin sur l’origine des espèces, cependant son voyage sur place a été très important, voire fondamental pour la compréhension de l’évolution.

La théorie de la sélection naturelle

On dit que l’élaboration d’une théorie totalement nouvelle est souvent le fruit d’une observation fortuite qui mène à l’évidence : la vérité est bien là devant nos yeux, même si, la seconde d’avant, on y était aveugle. C’est ainsi qu’Alexander Fleming découvrit la pénicilline en observant, au retour de vacances, que ses cultures bactériennes de staphylocoques avaient été attaquées par un champignon qui produisait une substance antibiotique. Pour Charles Darwin, qui a élaboré la théorie de l’évolution par la sélection naturelle, il est plus que probable que le déclic se soit justement produit dans l’archipel des Galápagos, en 1835.

 Charles Darwin a nommé sa théorie de l’évolution : « sélection naturelle ». On observe des variations entre les individus d’une même espèce. Quand les variations sont héréditaires, une sélection peut s’appliquer. Quand les ressources ne sont pas illimitées dans la nature, les individus qui ont le plus de caractères adaptés à leur environnement ont plus de probabilité de survivre et d’avoir des descendants. Ce principe de sélection naturelle explique l’adaptation des espèces à leur environnement et comment les espèces dérivent les unes des autres.

L’exemple des pinsons de Darwin est resté emblématique, il illustre à la perfection les deux grands principes de Darwin : celui de l’évolution et celui de la sélection naturelle. La descendance des oiseaux a évolué et les oiseaux se sont adaptés à leur terrain. Les naturalistes du XIXe siècle pensaient que le climat était responsable de la morphologie des espèces. Chaque espèce a sa propre histoire évolutive et Darwin a pu observer que sous les mêmes climats, les mêmes animaux peuvent être très différents.

Les idées révolutionnaires de Darwin devront cependant attendre un siècle pour être acceptées par la majorité, et encore!  « De l’origine des espèces », dès sa parution en 1859 fit naître un débat houleux avec beaucoup de controverses sur son hypothèse. En effet, l’Église ne pouvait pas accepter cette théorie qui mettait en porte-à-faux la théorie du créationnisme. Cela a valu à Charles Darwin de nombreuses caricatures et critiques dans les journaux de l’époque, tout comme les nombreux scientifiques ayant apporté une théorie nouvelle en opposition aux croyances de l’époque. Aujourd’hui, le darwinisme est enseigné dans la plupart des pays du monde. Quelques pays où la religion monothéiste est très présente refuse cette éducation. Par exemple, la Turquie n’enseignera plus cette théorie au collège et au lycée dès 2019 après avoir déjà bloqué les sites internet traitant du darwinisme et sa théorie de l’évolution depuis 2011. Plus surprenant, aux États-Unis, une majorité de professeurs refusent d’enseigner cette théorie ou place au même niveau la théorie créationniste. Et les exemples ne s’arrêtent malheureusement pas là.

La sécheresse de 1977, preuve récente des théories de la sélection naturelle

Les oiseaux qui ont suscité l’intérêt de Darwin, les pinsons de Darwin sont considérés comme un symbole vivant de la sélection naturelle. Et en plus cela se déroule sous nos yeux. Bien après la mort de Darwin, plusieurs vagues de sécheresses ont frappé les Galápagos. En 1977, la sécheresse entraîna d’importants dégâts sur la végétation et les quantités de graines disponibles diminuaient tandis que la taille des graines augmentait. Un groupe de chercheurs se pencha sur les conséquences de la sécheresse sur la morphologie des pinsons. Les pinsons à petit bec se nourrissant de petites graines se sont donc retrouvés face à une limitation de leur nourriture. Leur taux de survie et leur taux de reproduction diminua. Les pinsons à gros bec, se nourrissant de grosses graines, ont pu continuer à se nourrir et se sont reproduits plus efficacement que les pinsons à petit bec. Les pinsons à gros bec ont donc eu l’avantage face à la pénurie de nourriture. Les proportions de pinsons à petit bec et de pinsons à gros bec se sont presque inversées après la sécheresse. La morphologie des pinsons à gros bec les a favorisés et la population a naturellement subi une sélection directionnelle. Il est donc vraiment possible d’observer le phénomène de sélection naturelle, un siècle après la découverte de Darwin, pratiquement en direct.

Galápagos : un paradis à préserver

Depuis leur découverte, et jusqu’à une époque très récente, l’archipel a été soumis à une exploitation continue qui, notamment pour les tortues, a eu des conséquences catastrophiques. Les pirates, les chasseurs de phoques et les baleiniers qui sillonnaient l’Océan Pacifique savaient que les îles regorgeaient de reptiles. Aussi, ils organisèrent des expéditions pour les capturer, car la chair des tortues constituait une nourriture fort appréciée. Si l’on multiplie le chiffre moyen d’animaux emportés par bâtiment par le nombre de tous les bateaux qui ont visité ces îles dans le but de spoliation, on obtient des chiffres impressionnants. Le total des spécimens détruits depuis la découverte des Galápagos avoisinerait les dix millions d’individus! Afin d’éviter que cette faune ne disparaisse tout à fait et pour préserver la richesse des îles, le gouvernement de l’Équateur a édicté dès 1934 de sévères lois de protection intéressant tout aussi bien la faune que la flore. Par malheur, l’application de ces dispositions n’était pas assez rigoureuse pour écarter le danger. En 1957 l’UNESCO a envoyé des spécialistes sur place avec mission de se rendre compte de l’état exact des Galápagos. Dans son rapport, l’organisme international conseilla d’ouvrir des réserves et un centre de recherche, la fondation Charles Darwin. Parfois les voyageurs qui se rendent sur ces îles à l’heure actuelle peuvent visiter la station scientifique Charles Darwin fondée en 1959. Son comité de direction compte de prestigieux savants, de différents pays. Plus de 200 scientifiques et volontaires y travaillent, ils étudient la géologie, l’océanographie et la biodiversité de l’archipel. Ils cherchent également des solutions pour harmoniser l’activité humaine et le milieu naturel. Les principales menaces pour les Galápagos sont l’introduction d’espèces invasives, le développement du tourisme, la croissance démographique, la pêche illégale et les problèmes de gouvernance (par exemple qui est en charge de la prise de décisions étant donné le grand nombre de parties prenantes, ayant des intérêts divergents, impliquées dans la gestion des îles). Ces problèmes sont analysés et suivis en permanence afin de les gérer de façon appropriée et de renforcer les stratégies destinées à minimiser leurs impacts.

En 1986, une loi a été promulguée afin de contrôler la pêche et la surexploitation des ressources marines des Galápagos. La protection a ensuite été renforcée par la « Loi de régime spécial pour la conservation et le développement durable dans la Province des Galápagos » de 1998 et inscrite dans la constitution de la République d’Équateur. Depuis 2007, les îles Galápagos ont été déclarées patrimoine naturel de l’humanité par l’UNESCO. Des institutions gouvernementales contribuent au financement de la conservation et de la gestion de l’archipel. Les droits d’entrée acquittés par les voyageurs et un petit pourcentage des donations internationales contribuent également à ce financement.

Que vous soyez passionné par la nature ou simplement curieux d’en apprendre davantage sur cette incroyable histoire, un voyage aux îles Galapagos est une expérience inoubliable qui vous permettra de marcher sur les traces du grand Charles Darwin tout en découvrant une biodiversité unique au monde. Les Galápagos sont une extase de tous les instants au cœur d’un paysage volcanique primitif étrange et grandiose et c’est tout cet univers fascinant que Voyages Lambert vous propose de découvrir avec sa croisière d’exception en prolongation de son circuit Équateur.

Tortue des Galapagos

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