Benito Quinquela Martin, le peintre de la Boca

par Jean Louis Fabaron, guide-accompagnateur

Buenos Aires est le point de départ de plusieurs circuits en Argentine proposés par Voyages Lambert, mais aussi de plusieurs croisières en Amérique du Sud. Quand on visite la trépidante capitale argentine, l’un des incontournables des itinéraires proposés est le quartier de la Boca. C’est un lieu que Voyages Lambert ne saurait jamais oublier de proposer dans ses programmes, car c’est non seulement l’un des lieux les plus pittoresques de la ville avec ses façades de maison en tôle colorées, mais aussi parce que c’est l’un des quartiers historiques où se sont joués un certain nombre de revendications sociales, syndicales et artistiques qui ont construit la nation argentine actuelle.

Qu’est-ce que La Boca

Ce nom « La Boca », ou la bouche, fait référence à l’embouchure du fleuve Riachuelo qui se jette dans le Rio de la Plata et sur les rives duquel a été construit le premier port de Buenos Aires. Flâner aujourd’hui dans le quartier de la Boca au-delà de l’esthétique des lieux, c’est retrouver les ambiances de l’époque de la grande vague d’immigration européenne des années 1860-1930, une époque où les immigrés, principalement des Italiens génois, travaillaient dans la maintenance des bateaux ou pour l’industrie bouchère naissante et qui, dans leurs rares moments de loisir, participaient à la naissance du tango.

Ce quartier incontournable est, depuis les années 1930, considéré comme un endroit qui n’aurait pas eu grand chose d’attirant s’il n’y avait eu la forte personnalité et la sensibilité artistique de Benito Quinquela Martin que l’on nomme parfois tout simplement « le peintre de la Boca » ou « l’inventeur de la Boca ».

Buenos Aires, Argentina - January 19, 2018: La Boca district, colorful buildings in Av. Don Pedro seafront

 

L’histoire de Benito Quinquela Martin

Benito fut abandonné à sa naissance. Il resta dans un orphelinat jusqu’à l’âge de 8 ans avant d’être adopté par le couple Chinchella qui possédait un modeste commerce de charbon. Adolescent, il aidait son père adoptif comme docker au port et il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les dockers aient été le sujet omniprésent dans sa peinture, car c’est un univers qu’il connaissait de l’intérieur.

Le quartier de la Boca fut pour Benito une source d’éblouissement permanente. La Boca était à l’époque une sorte de Babel, non seulement pour le mélange de langues dont on y parlait, mais aussi pour la multiplicité de cultures présentes. On y retrouvait des Italiens, des Japonais, des Chinois, des Uruguayens, des Yougoslaves, des Grecs, des Turcs, des Africains… Dans ce quartier arc-en-ciel, l’art et la culture faisaient partie de la vie quotidienne et on y trouvait de nombreux artisans, tailleurs et sculpteurs. C’est dans cette ambiance que le jeune Benito commença à dessiner au charbon, dans ses temps libres hors de son travail de docker et de l’aide qu’il apportait au magasin familial.

people enjoying a summer afternoon walking by the river in La Boca area. taken on a summer afternoon under a blue sky with a few white clouds

Les débuts de Benito

À cette époque, l’artiste disait de lui qu’il « s’essayait au dessin avec une ignorance encyclopédique ».  Âgé d’à peine 14 ans, il réussit à se gagner quelques pesos en participant comme graphiste à la campagne électorale d’Alfredo Palacios, le premier député socialiste élu en Amérique latine. Il arrive même à se faire repérer par le directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Buenos Aires, Pio Collivadino, un de ses grands mentors, qui lancera sa carrière au niveau national et international.

La vocation de l’artiste s’affirma encore plus lorsqu’il entra à l’Académie Pezzini-Stiatessi, une des nombreuses institutions prolétaires du quartier la Boca. On y enseignait diverses disciplines parmi lesquelles le dessin et la peinture. C’est là qu’il rencontra l’unique maître qu’il ait eu dans sa vie : Alfredo Làzari et c’est grâce à ce dernier que va commencer l’orientation définitive de la vocation de Benito Quinquela Martin. De cette période de formation, il en retiendra une leçon essentielle : la liberté d’expression dans l’art.

Aux expositions qui se multiplient en Argentine grâce à Pio Collivadino se succèdent les voyages à l’étranger (Rio de Janeiro, Paris, New York, Cuba, Rome, Londres…) avec le soutien des représentations diplomatiques argentines. Partout où il exposera, le succès sera au rendez-vous.

 

Sa muse : Le quartier de La Boca

Le quartier de la Boca, ses gens, la pulsation quotidienne des rues furent la muse inspiratrice de notre artiste et cette thématique iconographique va s’auto-imposer comme sa griffe, tant et si bien qu’il se sentira tout simplement incapable de peindre autre chose que la Boca. Ses peintures reflétaient une perception globale du quartier, car il posait sur la toile des choses qu’il avait vues, des choses qu’on lui avait racontées, des éléments de son propre passé ou encore qu’il aperçût depuis sa propre fenêtre. Mais aussi des choses qui jamais n’existèrent dans le quartier, mais qui préfiguraient ce que l’artiste pensait que serait le futur de cette zone. Le tour de force est que Quinquela Martin créait des fictions sur toile tellement bien exécutées que tout le monde pensait que le quartier de la Boca était réellement comme l’artiste le peignait.

Ainsi, picturalement, il va transformer petit à petit l’image du quartier comme il souhaitait qu’il soit, avec des grues, des treuils et autres éléments d’aménagement portuaire et surtout avec la création du paysage urbain que l’on admire aujourd’hui, par exemple dans la rue Caminito, l’artère centrale du quartier de la Boca. Une transformation dans un premier temps artistique qui au cours des ans devint réalité tangible dans le quartier lui-même, car les habitants souhaitaient qu’il ressemble à l’univers décrit dans les tableaux du maître.

Colorful buildings in Caminito street in La Boca neighborhood at Buenos Aires, Argentina. It was a port area where Tango was born, now tourist destination with colorful houses and pedestrian stree

L’héritage de Quinquela Martin, d’école à musée

En 1933, Benito Quinquela Martin, au sommet de sa gloire, refuse de partir vivre à New York, et achète un terrain dans le quartier de la Boca grâce aux gains que la vente de ses tableaux lui rapportait. Il y fit construire une maison de 4 étages avec une école primaire, un musée des artistes figuratifs argentins ainsi que son propre atelier et logement. L’école, nommée Pedro de Mendoza fut inaugurée en 1936 avec comme projet pédagogique novateur de développer la créativité des enfants. En effet, Quinquela Martin considérait que l’éducation artistique devait aller de pair avec l’amélioration du niveau scolaire et sanitaire de la population. Il en fera par la suite don aux autorités publiques, à charge pour celles-ci de faire fonctionner ces structures. Ce musée porte aujourd’hui le nom de Benito Quinquela Martin et continue à fonctionner dans le cadre de projets éducatifs, ce qui en fait son intérêt et son originalité. D’ailleurs la visite de ce musée est toujours apprécié par nos voyageurs de notre circuit Fabuleux Périple Argentin.

Buenos Aires, Argentina - May 12, 2018: Benito Quinquela Martin Museum in colorful neighborhood La Boca - Buenos Aires, Argentina

L’art mural de la rue Caminito

C’est donc à ce même artiste que l’on doit la rue Caminito, la plus visitée de la Boca et l’une des plus belles cartes postales de Buenos Aires. C’est lui qui aura l’idée, dans les années 1950, de transformer cette voie de chemin de fer abandonnée en musée à ciel ouvert encourageant les artistes et artisans du quartier à s’exprimer en toute liberté. Ainsi les maisons en tôle des immigrants qui s’entassaient ont été repeintes aux couleurs vives qui caractérisent désormais ce quartier.

On connaît moins l’art mural que pratiqua aussi Benito Quinquela Martin, et pourtant il fut particulièrement prolifique dans ce domaine, car il ne réalisa pas moins de 75 fresques (dont 16 pour l’école qu’il fonda) tout au long de sa carrière. En cela, on peut aussi l’inscrire dans cette perspective commune à tous les muralistes, celle de réaliser un art public, mais il le fera toujours avec la thématique qui lui a toujours été propre.

Quiquela Martin Boca Argentina

Lorsqu’il décéda, le corps de Benito Quinquela Martin fut enterré dans un cercueil que l’artiste avait fabriqué lui-même des années auparavant, car il disait que « quelqu’un qui vit entouré de couleurs ne peut pas être enterré dans une caisse en bois monochrome. Il y avait par exemple sur le couvercle du cercueil une scène représentant le port de la Boca. Un bel hommage n’est-ce pas, pour un quartier qui n’aurait jamais eu sa spécificité si le parcours de vie de cet artiste ne s’y était pas arrêté.

Pour conclure, on dira que l’on peut aborder le quartier de la Boca, comme le font la majorité des touristes qui viennent admirer en masse les façades colorées des maisons et apprécier le rythme de vie animé de ce quartier de Buenos Aires, grâce aux nombreux artistes de rue et aux danseurs de tango et s’en tenir à cette image gentillette, mais superficielle. On peut aussi avoir un regard plus culturel et plus humaniste sur cet endroit, à travers la vie et l’œuvre de Benito Quinquela Martin, et c’est justement cet aspect-là que nous vous proposons dans les circuits Voyages Lambert qui passent par Buenos Aires et par ce quartier mythique de la Boca, considéré tout de même comme l’un des lieux de naissance de la capitale de l’Argentine. Émotion culturelle oblige!

 

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